jeudi 31 octobre 2019

La désobéissance civile, pacifique et non violente, peut-elle être légitime ?

Le 21 octobre, le journal le Temps publie une lettre ouverte du monde académique suisse intitulée "Nous déclarons notre soutien à Extinction Rébellion".
https://www.letemps.ch/opinions/declarons-soutien-extinction-rebellion-lettre-ouverte-monde-academique-suisse
En résumé, environ 80 universitaires apportent leur soutien à ce mouvement de désobéissance civile, car selon eux, "le contrat social a été brisé". Les gouvernements ont été incapables de prendre des mesures pour faire face à la crise climatique et environnementale : "cette inertie ne peut plus être tolérée (...) ; avec la raréfaction des ressources, l'effondrement de notre civilisation est probable (...) Lorsqu'un gouvernement renonce sciemment à sa responsabilité de protéger ses citoyens, il a échoué dans son rôle essentiel. Le contrat social a donc été brisé et il est dès lors fondé de se rebeller pour défendre la vie (...)"


Un blogger a réfuté ce soutien dans un article intitulé "j'ai un problème avec la désobéissance civile"

https://blogs.letemps.ch/marc-muenster/2019/10/21/desobeissance/?unapproved=486&moderation-hash=66e7b97789a0638f70037f5ea6176d95#comment-486
Dans ce blog, il compare un mouvement de désobéissance qui aurait pour objet de lutter contre l'avortement (où une vie à venir est en jeu), ou contre le mariage homosexuel (où aucune vie n'est en jeu), avec extinction rebellion qui milite de façon pacifique et non violente pour faire reconnaître l'urgence climatique (où l'enjeu est de sauver la vie sur Terre) : comparaison n'est de toute évidence pas raison. Il indique que la désobéissance civile n'est pas légitime lorsque les mécanismes de la démocratie fonctionnent : mais ces actions pacifiques et non violentes ne doivent pas viser à s'opposer ou à remplacer nos institutions démocratiques, mais simplement à inciter nos gouvernements à enfin agir (suivant en cela l'appel du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres 
"il est très important d’exercer le maximum de pression sur les gouvernements").

Voici ma réponse à ce blog :

Rousseau, dans le contrat social, a écrit que l'intérêt particulier est contraire à la recherche de l'intérêt général. Le contrat social dont Rousseau fait la promotion institue un ordre social au service de l'intérêt général.
Lorsque des intérêts particuliers rompent ce pacte, cet ordre social devient tyrannique ou vain.
Les autorités politiques, dont le devoir est de protéger la population, ont failli : ils ne défendent que les intérêts particuliers des élites financières et économiques, des lobbies et des multinationales, leur cupidité et leur prédation, au détriment de la population, dont la survie est gravement menacée par les pollutions, le réchauffement climatique, l'effondrement de la biodiversité et la pénurie des ressources (c'est bien une question de survie dont il est question).
Le contrat social étant rompu, la désobéissance civile, pacifique et non violente, devient légitime, afin d'exercer cette pression sur les gouvernements pour enfin agir.
Voilà 50 ans que les faits scientifiques sont connus, et pourtant l'inaction, l'inertie, le déni, l'indifférence, ont prévalu. Il a fallu que des manifestations mettent la pression sur les autorités pour que les choses commencent enfin à bouger. Trop tard.
Le rythme politique et démocratique n'est malheureusement plus suffisant pour éviter le mur, ou l'iceberg. Il est trop tard. Comme le préconisent les auteurs collapsollogues (Pablo Servigne, Jean-Marc Gancille, Yves Cochet, etc.), on ne peut qu'au mieux se préparer à cet effondrement.

vendredi 13 septembre 2019

L'Histoire, la Nature, l'Homme, Dieu

Début de l'Histoire :
la Nature crée l'Homme (évolution darwinienne)
l'Homme crée Dieu (vie spirituelle et sacrée)
l'Homme tue Dieu (athéisme)
l'Homme saccage la Nature
l'Homme devient Dieu (manipulations génétiques, eugénisme, intelligence artificielle)
la Nature tue l'Homme (réchauffement climatique, effondrement écologique)
Fin de l'Histoire

dimanche 14 juillet 2019

La bucolique université d'Evergreen

Le 8 juillet a été postée sur Youtube une vidéo qui fait le buzz : plus de 200'000 vues en 5 jours. On y voit une sociologue invitée à donner une conférence sur le campus, Elle explique que tout propos exprimé est raciste : la question n'est pas de savoir si c'est raciste ou pas, mais comment est-ce raciste ? Elle affirme aussi que seuls les blancs peuvent être racistes, qu'ils le sont tous et qu'en tant que sociologue, elle peut faire cette généralisation. Ce mantra a été repris par le staff, l'administration et son comité éthique dans le but de combattre le racisme systémique, c'est-à-dire le racisme qui opère en tant que système.

Résultat : des élèves encerclent des professeurs en criant des appels à leur démission (sous prétexte que le professeur aurait exprimé une opinion raciste); Lors d'une réunion, le président de l'université (recteur) se fait insulter et humilier par une centaine d'étudiants en toute impunité; puis ils le séquestrent avec quelques membres de son équipe dans la bibliothèque le temps qu'il leur sera nécessaire pour répondre à leurs revendications (sans même pouvoir aller aux toilettes); enfin, des élèves prennent le contrôle des accès au campus, filtrent les véhicules entrants et sortants (pour mettre la main sur un professeur à qui ils avaient sommé de démissionner) et organisent une milice qui patrouille armée de battes de base-ball; etc.

Bienvenue à l'université d'Evergreen, dans l'Etat de Washington (nord-ouest des USA).

et bienvenue au visionnage de la vidéo en question : https://www.youtube.com/watch?v=u54cAvqLRpA

En fin de vidéo, son auteur demande aux étudiants français d'indiquer en commentaire si une telle idéologie a cours dans les facs en France ? et la réponse est : dans une moindre mesure, par une petite minorité extrémiste, mais oui quand même. A ce titre, l'UNEF est pointée du doigt (Union Nationale des Etudiants de France, syndicat étudiant d'extrême gauche). Pas surprenant, quand on peut lire sur la page Wikipedia de l'UNEF :
- En mars 2019, l'UNEF s'associe aux critiques et actions de blocage par des activistes antiracistes de la pièce de théâtre "Les Suppliantes" d'Eschyle jouée à la Sorbonne. Motif : les actrices interprétant les Danaïdes égyptiennes ont le visage grimé en sombre et portent des masques cuivrés. Ce maquillage est assimilé à la pratique du blackface (comédien blanc grimé en noir, surtout présent dans des spectacles aux USA au XIXème et première moitié du XXème siècle). L'UNEF y voit la "perpétuation de schémas racistes". Des personnalités du monde de la culture qualifient ces attaques de "logique de censure intégriste et identitaire". Des ministres condamnent "fermement cette atteinte sans précédent à la liberté d'expression". Pour un ancien responsable de l'UNEF, le syndicat est devenu "idiot, totalitaire, analphabète et obscurantiste" et est un "syndicat de talibans".
- En avril 2019, deux membres de l'UNEF moquent l'émotion qui accompagne l'incendie de Notre-Dame de Paris, la qualifiant de "délire de petits blancs". L'une des moqueuses s'était déjà fait remarquer en 2017 en estimant qu'il fallait "gazer tous les blancs, cette sous-race". La présidente de l'UNEF a été critiquée pour avoir tardé à condamner les messages de ses militants.
- En mai 2019, une journaliste accuse l'UNEF de "communautarisme anti-blancs" et constate qu'un "syndicat laïc, républicain, féministe, a versé dans un combat idéologique racialiste, antisémite et indigéniste".

Que faut-il en déduire ? On assiste à une polarisation inquiétante au sein de nos sociétés occidentales. Cette montée des extrêmes est un ferment de division, de haine, de troubles et de violences. Cela pourrait ne pas bien se finir, et nous aurons été prévenu.

dimanche 30 juin 2019

Nous pouvons partir en vacances tranquilles

Mois de juin agité, Trump va-t-en guerre (notamment avec l'Iran), l'été sera-t-il chaud (voire caniculaire) ? Rien n'est moins sûr.

1) D'abord il y a eu l'embrouille avec la Corée du Nord, pour ensuite se rabibocher avec Kim-Jong-un, au point de traverser dernièrement la frontière coréenne main dans la main (séquence émotion). Ensuite il y a eu la guerre commerciale sino-américaine, mais un accord n'aurait jamais été aussi proche (et les bateaux étrangers qui naviguent en Mer de Chine n'ont qu'à bien se tenir : Pékin veille). Et tout dernièrement, quelques actes de piraterie au large des côtes iraniennes seraient l'étincelle qui pourrait mettre le feu au poudre. Rassurons-nous, il n'en sera rien : pour rien au monde Trump ne renoncerait à ses vacances estivales en mode golf et farniente.

2) Et quid du côté de la météo ? Ciel bleu et soleil seront-ils au rendez-vous jusqu'à la rentrée au point de nous valoir un nouvel été caniculaire ? Nos nappes phréatiques ne sont pas encore asséchées, le stress hydrique ne frappe pas encore l'Europe, sécheresse et baisse subséquente des rendements agricoles ne sont pas pour tout de suite : on en reparlera dans quelques années.

3) Du côté de la bourse, peut-être ? Que nenni. Elle est au plus haut, les indices flirtent avec des records. Certes l'or remonte aussi, ce qui pourrait laisser songeur : mais pas de panique, aucun krach en vue, du moins pas avant l'automne (et même, depuis le temps qu'on l'annonce et qu'il ne vient pas...)

Alors il est temps de boucler ses valises et remettre le gilet jaune dans son coffre de voiture : ce serait ballot d'en avoir vraiment besoin en cas d'accrochage sur la route des vacances, ce que je ne souhaite à personne. Il sera toujours temps de l'enfiler à nouveau en septembre, car la rentrée sociale pourrait être, elle aussi, un peu chaude.

Alors bonnes vacances, partez tranquille, profitez-bien, et à la rentrée !
Fred

mercredi 1 mai 2019

Coup de gueule numéro 9 : la société sans cash

Une récente campagne de pub suisse (devrait-on dire, de propagande ?) et ciblant les jeunes, tente de faire passer le message que payer sans cash, c'est fun, cool et tendance ("do the cashless" avec son petit pas de danse : https://dance.cashless.ch/fr/)

Qui est derrière ce spot vidéo ? La communauté suisse des prestataires de cartes bancaires (UBS, Visa, American Express, etc.)

Leur but ? poursuivre leur guerre contre le cash, visant à sa suppression.

Avec quels intérêts pour eux ?
  • pour les banques, fermer des agences
  • réduire le nombre de distributeurs de billets (coûteux à entretenir et à approvisionner)
  • obliger leurs clients à être captifs : sans cash, obligation de déposer tous ses avoirs sur son compte, et d'utiliser les services numériques proposés. On fait travailler le client qui gère son compte lui-même, et on licencie des employés.
  • toucher des commissions sur les transactions, au détriment des commerçants, et des consommateurs si le prix est majoré.
Avec quels inconvénients pour les particuliers ?
  • atteinte à la sphère privée : toute transaction est inscrite et enregistrée, voire surveillée
  • exclusion financière, pour les personnes qui n'ont pas accès aux services bancaires
  • cybersécurité : vol de données personnelles et utilisation frauduleuse de vos moyens de paiement
  • en cas de pannes du système (coupures), impossibilité de payer ou de retirer de l'argent. A l'inverse, le cash ne dépend pas d'un centre de données, il est toujours accessible, disponible, utilisable, sans surveillance, ni contrôle à distance.
Une société sans cash, c'est une autre de nos libertés qui est supprimée. Ce sont les intérêts des institutions financières qui sont priorisés, à nos dépens. Cela ne fonctionne que lorsque tout se passe bien, mais rien, jamais, ne fonctionne toujours comme prévu (voir l'histoire du nucléaire : les "experts" affirmaient qu'un accident majeur était statistiquement "impossible". Il y a eu Windscale (UK), Three Mile Island (USA), Tchernobyl (URSS), Fukushima (J), pour ne citer que les plus graves...)

Si vous n'avez plus de cash, et que toutes vos économies sont sur un compte, vous devez alors faire confiance au système. En cas de panne (électricité, réseaux, serveurs et centres de données, etc.), vous n'aurez plus accès à vos avoirs.

En cas de crise financière (comme celle de 2007-2009), les banques peuvent faire faillite (comme Lehman Brothers) ou fermer temporairement (comme en Grèce). Les Grecs ne pouvaient retirer plus que 60 euros par jour, après avoir attendu des heures dans des files d'attente interminables... sauf ceux qui avaient eu la prévoyance d'avoir, à l'avance, une réserve de cash à la maison. Le secteur financier de Chypre a lui été sauvé en mettant les déposants à contribution ("bail in"). Les comptes de plus de 100'000 euros de Bank of Cyprus ont été ponctionnés à hauteur de 47,5%. La Laiki Bank ayant été liquidée, ses dépôts de plus de 100'000 euros ont subi une perte entre 80 et 90% de leur valeur. Vive les dépôts !

Après la crise financière, les taux d'intérêts ont baissé, pour arriver à zéro (déposer son argent dans une banque ne rapporte plus rien), voire en territoire négatif  (déposer son argent coûte, puisque la banque taxe votre argent). Devoir tout déposer sur son compte, puis se faire taxer par sa banque, c'est décidément fantastique ! Pour qui ? Alors, "do the cashless", et prêt à danser ?

mercredi 17 avril 2019

Coup de gueule numéro 8 destiné aux peureux, aux optimistes ou à ceux qui ne font rien

Un sentiment d'urgence commence à poindre. Enfin ?

Il faut dire que la réalité des chiffres est implacable.

1) Explosion démographique : la population humaine a presque quadruplé en moins d'un siècle.
En 1950, nous étions 2,5 milliards d'habitants sur notre planète. Au début des années 2020, nous serons environ 8 milliards. Les projections pour 2050 oscillent entre 9 et 10 milliards d'habitants, et pour 2100, entre 7 et 16 milliards... et si c'était moins d'un milliard ?

2) Alors que l'espèce humaine prospère, on assiste en parallèle à l'effondrement du vivant sur Terre, en quantité et en diversité : c'est la 6ème extinction de masse des espèces, mais causée pour la 1ère fois par l'une d'entre elles (nous). Cette extinction, actuelle et en cours, est entre 100 et 1000 fois plus rapide que le taux naturel de disparition d'une espèce :
- diminution de 80% de la quantité d'insectes (en 30 ans). Merci pesticides et insecticides, glyphosate, néonicotinoïdes, etc.
- disparition de 58% des vertébrés entre 1970 et 2012. Si on rallonge la période de 8 ans, de 1970 à 2020, la disparition des vertébrés est estimée à 67%.

3) Et nos ressources vitales ? celles qui nous nourrissent, et nous permettent de survivre ?
- en 2050 il y aura plus de plastique que de poisson dans l'océan
- en 2050 il faudra augmenter de 50% la production agricole par rapport à 2012, pour subvenir à notre alimentation, mais :
- l'agriculture occupe aujourd'hui déjà un tiers des terres émergées
- l'agriculture est responsable de 80% de la déforestation
- l'agriculture engloutit 70% de la consommation d'eau douce, alors que les eaux souterraines et les fleuves s'épuisent, augmentant le stress hydrique de plus en plus de populations : le déficit global d'eau douce est estimé à 40% d'ici 2030.

Aujourd'hui, 85% de notre énergie utilisée est toujours d'origine fossile. Cette addiction nous coûtera-t-elle la vie, comme un toxicomane qui n'arrive pas à décrocher de sa dépendance ? Il faudrait diminuer drastiquement nos émissions de CO2 (via une transition énergétique/écologique vigoureuse), mais nous semblons en être incapable. Sans volonté, ça va être compliqué; ça va être chaud...

Voici une petite équation intéressante : Réchauffement climatique et manque d'eau = sécheresse = insécurité alimentaire = famines.

Moins important que l'eau et la nourriture, d'autres ressources vont aussi manquer.
En 1970, 22 milliards de tonnes de matières premières ont été extraites de la terre.
En 2010, 70 milliards de tonnes
L'estimation pour 2050, ce sont 180 milliards de tonnes de matières premières qu'il serait nécessaire d'extraire de la terre pour les besoins de l'humanité. Heu... il y a 180 milliards de tonnes à extraire ?
De nombreux métaux utilisés dans l'industrie hi-tech sont en voie d'épuisement et n'ont pas de réserves connues qui vont au-delà de la décennie des années 2030. Fini les smartphones et autres gadgets électroniques... (inutiles, ils ne se mangent pas).

Comment réagir à ces données anxiogènes ?
- Avoir peur ? non, car la peur est contre-productive : elle inhibe la pensée, paralyse (effet de sidération), mène au désespoir et à l'inaction. Nous n'avons pas besoin de peur, mais de courage.
- Rester optimiste ? non plus, l'espoir est aussi contre-productif. L'optimiste pense que tout va s'arranger sans qu'il n'ait à modifier ni son comportement, ni ses habitudes. Surtout pas d'effort, shopping as usual. Nous n'avons pas besoin d'espoir, mais d'actions. Lesquelles ? Elles sont connues: moins d'enfants, moins de déplacements (notamment moins prendre l'avion), manger moins de viande et de poissons, moins consommer d'une manière générale, s'engager et sensibiliser son entourage... et se préparer à quelques changements au niveau de son environnement et de son mode de vie. Pour traverser ce siècle, les maîtres-mots pourraient bien être, s'adapter, être autonome, être résilient. Prêt ?

dimanche 3 mars 2019

Coup de gueule numéro 7 : la civilisation Titanic

(Ce texte n'est pas de moi, mais je l'ai trouvé suffisamment pertinent pour le reproduire)

Notre monde est un magnifique paquebot, lancé à pleine vitesse sur une mer calme. Par une froide nuit d’hiver, tu avances vers la proue et y aperçoit un énorme iceberg, bien avant tout le monde. Cependant, tu ne fais pas que de voir cet iceberg, il se trouve que tu as certaines facultés qui te permettent de savoir que 80% d’un iceberg se trouve sous la surface et tu remarques que la quantité hors de l’eau est déjà gigantesque. De plus, tu as fait un peu de résistance des matériaux ainsi que des cours de flottabilité et tu sais qu’à cette vitesse, on va faire un trou dans la coque et que le bateau va couler. Dernier point, tu sais aussi que le bateau n’est pas pourvu du nombre adéquat de canots de sauvetage et qu’en cas de naufrage, beaucoup de passagers vont mourir dans l’eau glacée.

Ton 1er réflexe est de courir vers la passerelle pour parler au capitaine. Tu lui hurles « iceberg droit de devant ! On va couler si vous ne changez pas le cap ! ». Le capitaine n’hausse même pas la tête et te rétorque d’un air dédaigneux « Aucun de mes outils ni indicateurs de navigation ne m’indique quoi que ce soit, je connais mon métier, virez-moi ce guignol ».

Tu te retrouves sur le pont. Ton deuxième réflexe est d’aller en salle des machines car après tout, ce sont eux qui font avancer le bateau, non ?  « iceberg droit devant ! Marche arrière toute, sinon on va couler ! ». Le responsable en chef vient te voir et te réponds : « Nous on prend les ordres d’en haut, et ils nous disent d’accélérer ! On va pas écouter un guignol qui va nous faire virer ! Allez, dehors ! »

Tu te retrouves sur le pont. Dernier espoir, tu tentes d’aller dans la grande salle de réception, pour organiser une rébellion contre le capitaine qui ne veut rien voir de ce qui nous arrive. « Tous avec moi ! Il faut reprendre le contrôle du bateau sans quoi nous allons taper un iceberg et la plupart d’entre nous va mourir ! »

Après un petit temps de silence, tout le monde éclate de rire. « Toi et tes prédictions de malheur, t’es très très pessimiste en fait ! », « Attend, y a le barman qui paye sa tournée, on ira faire ça demain, OK ? », « Mais on est bien là, y a rien qui nous fait penser qu’on va couler », et bien sûr le gars au fond de la salle qui te dit « Moi je crois pas aux icebergs ». « Allez, tu casses l’ambiance ici, soit plus positif, dégage ! ».

Tu te retrouves sur le pont. Seul et désespéré. Tu retournes à l’avant du paquebot et remarques que l’iceberg approche, que le créneau temporel pour l’éviter ou pour atténuer son impact se rétrécit d’heure en heure…

Et là, viennent te voir deux matelots qui t’ont entendu parler au capitaine, cinq ouvriers de la salle des machines et quelques personnes de la grande salle moins bourrés que les autres. Ils ne sont pas là parce qu’ils te croient sur parole, ils sont là parce que si jamais ce que tu dis est vrai, ça risque de tellement mal se passer pour eux qu’ils doivent au moins saisir l’occasion de savoir s’il y a oui ou non un iceberg droit devant.

Une fois qu’ils l’ont tous en visu et que tu leur expliques la résistance des matériaux et le manque de canots de sauvetage, la moitié d’entre eux s’effondre littéralement. Trop de désespoir, le choc psychologique est trop important et ils vont mettre du temps à s’en relever. « À quoi bon ? » se disent-ils.

L’autre moitié est prête à se retrousser les manches, à tout faire pour éviter l’iceberg ou limiter le nombre de morts noyés dans le naufrage. Mais là encore, se distinguent deux groupes : certains veulent aller voir le capitaine, puis la salle des machines, puis tenter une révolution dans la grande salle. Mais toi tu sais que ça ne marchera pas. Tu as déjà essayé. Tu les laisses faire, en te disant que plus il y aura de monde qui passera par ces trois étapes, plus il y aura de chances que le capitaine ouvre les yeux, bien qu’il soit sans doute trop tard.

Le dernier groupe se focalise sur un autre point, assez délaissé depuis le début : le nombre de canots de sauvetages. Ils commencent à en construire d’autres avec des lattes du pont supérieur, dans le but de pouvoir sauver plus de monde en cas de collision avec l’iceberg.

C’est avec ces derniers qu’il faut désormais travailler.

L’iceberg est trop proche pour l’éviter.
Le paquebot a trop d’inertie pour ralentir suffisamment avant l’impact. 
Le Monde-Titanic est voué à sombrer, la seule chose que nous pouvons désormais faire c’est de construire des canots de sauvetage, nous permettant de faire survivre le plus de monde au naufrage.

(©Julien Wosnitza)

samedi 2 février 2019

Coup de gueule no 6 pour ceux qui pensent que tout va bien (et que ça va continuer)

Vivons-nous une période de rupture historique ? Si nous choisissons de répondre par la positive, qu'est-ce qui nous permet d'être affirmatif ? Avant de faire un pronostic sur le futur (même proche), un bon réflexe est celui du conducteur, qui jette un coup d'oeil dans le rétroviseur avant de dépasser.

Ceux qui sont nés juste après la fin de la guerre (à partir de 1945) ont grandi dans la période appelée les Trente Glorieuses : Plan Marshall pour reconstruire l'Europe dévastée, climat d'optimisme et consommation des ménages soutenue qui alimente la croissance et le plein emploi, stabilité géopolitique (Pax atomica)... C'était le bon vieux temps que rien ne semblait pouvoir troubler.

Puis les quelques lézardes ont commencé à apparaître dès les années 1970 : premier élément d'incertitude dans le système financier avec la fin de la convertibilité dollar-or, fin de l'énergie gratuite avec les premiers chocs pétroliers.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, c'est la chute du mur et l'effondrement de l?Union soviétique. Bush père fanfaronne et proclame l'avènement d'un nouvel ordre mondial (avec en mire les USA en seule superpuissance) qui ne verra jamais le jour. Le tournant du millénaire assiste au kick-off du terrorisme djihadiste le 11 septembre 2001.

Ces dix dernières années, la situation s'accélère :
1) crise financière (2007-2009), incertitudes sur l'euro, bulles de crédit, développement de la finance de l'ombre (shadow banking)
2) printemps arabes avec des conflits qui embrasent la région (Libye qui devient une zone de non-droit, guerre civile en Syrie et au Yemen, naissance de l'EI en Irak suite au fiasco de l'intervention américaine, etc.).
3) crise migratoire (qui découle en partie du point précédent) avec un afflux de réfugiés (auxquels s'agrègent des réfugiés économiques provenant d'autres pays, et quelques terroristes)

Aujourd'hui, la machine semble s'emballer. Tous les pays du G7 ont de nouvelles situations à affronter (ou vont devoir le faire), maintenant ou dans un futur très proche :
- crise sociale en France qui a viré à une situation quasi-insurrectionnelle avec le mouvement des gilets jaunes
- modalités du Brexit britannique toujours inconnues
- incertitudes aux USA (shutdown, guerre commerciale avec la Chine, etc.)
- surendettement public et/ou privé (à peu près tous, mais avec une mention particulière pour le Japon, les USA, et l'Italie)
- pour cette dernière, on peut ajouter la grande fragilité de ses banques. Lors des difficiles négociations entre Bruxelles et Rome au sujet du budget italien, de nombreux clients italiens ont vidé leurs comptes pour déposer leur épargne auprès de banques suisses; point d'évasion fiscale, juste une mesure préventive pour éviter d'être victime d'un éventuel bail-in. Ces retraits ont évidemment été peu médiatisés...
- et pour que la liste des pays du G7 soit presque complète, l'Allemagne, sous forme de question : combien de temps pourra-t-elle (et voudra-t-elle) encore porter à bout de bras l'Union européenne et sa zone euro ?

Au vu de ce qui précède, nul besoin d'être voyant pour deviner que la prochaine décennie sera agitée...

samedi 19 janvier 2019

Coup de gueule numéro 5 : capitalisme & démocratie vs néo-libéralisme & oligarchie

Il y a toujours des personnes vivant dans un des pays développé du monde occidental (Europe et Amérique du Nord), qui pensent être dans un système politique démocratique qui va de pair avec une économie de marché, dite capitaliste. On peut en fait assez facilement démontrer que cette croyance ne résiste pas à l'examen des faits.

Commençons par le capitalisme, basé sur un marché libre, sans intervention étatique, où les choix rationnels de chaque individu permettent de maintenir le système en équilibre (l'offre et la demande, guidées par la fameuse main invisible). Pourtant, lors de la dernière crise financière, les Etats sont massivement intervenus pour sauver leurs banques de la faillite (too big to fail), en utilisant abondamment l'argent du contribuable (ainsi, aux USA en 2008, le racket orchestré par les banques leur a permis d'empocher plus de 1000 milliards de dollars d'argent public, dans l'indifférence générale...)

La finance mondiale et le système bancaire relèvent donc plus d'un système anarchico-socialiste que capitaliste. Anarchique, car les banquiers militent pour supprimer toute régulation qui entraverait leurs affaires en période de vaches grasses. Pour ce qui est des lois que les banques n'arrivent pas à faire supprimer, elles les détournent (finance de l'ombre / shadow banking et dark pools), ou les violent en toute impunité (too big to jail). Socialiste, car les banques appellent l'Etat à la rescousse lorsque les bulles éclatent (elles ne se dégonflent jamais en douceur) et que le krach survient à l'improviste (la fameuse "privatisation des profits, socialisation des pertes").

Le système néolibéral actuel peut donc être défini comme n'étant pas capitaliste, mais anarchique quand il s'agit de faire main basse sur un maximum de bénéfices par tous les moyens possibles (même illégaux), d'une part. D'autre part, socialiste quand la population est mise à contribution pour sauver une banque de la faillite : la cupidité de ses dirigeants les ont amené à des prises de risques qui les ont trop exposés sur les marchés.

Pour ce qui est de la démocratie, son niveau ne se mesure pas seulement à la convocation aux urnes, à intervalles plus ou moins réguliers, d'une population de plus en plus désabusée. Le camp des abstentionnistes ne cesse d'augmenter, les électeurs ayant le sentiment de ne pas être écouté : le pouvoir a été confisqué par des élites ne les représentant plus.

D'où la survenue de mouvements dits populistes, qui rejettent ces élites (dégagisme), dénoncent la baisse de leur niveau de vie et la hausse des inégalités. En réaction aux mouvements migratoires et à la mondialisation qui les fragilisent, ils adoptent un repli identitaire et demandent un retour à la protection des frontières. Cette confiscation du pouvoir démocratique par une élite économique et financière non élue, c'est précisément ce qui caractérise un système oligarchique dans lequel nous sommes aujourd'hui.

Conséquences : abstentionnisme et vote protestataire déjà mentionnés, mouvements sociaux comme les gilets jaunes en France, remise en question de la technocratie européenne (Brexit, Italie, Europe de l'Est), etc. Mais attention, plus le fossé qui sépare l'oligarchie et les citoyens va se creuser, moins la situation sera sous contrôle pour les élites. Les temps à venir seront troublés, et cela va durer.

lundi 31 décembre 2018

Coup de gueule numéro 4 : lorsque des décisions ne sont pas prises

La démocratie est considérée comme le système politique le plus juste et le plus équitable (one man, one vote). Toutefois, elle donne parfois lieu a des débats curieux (la population suisse qui doit se prononcer sur le soutien à apporter aux détenteurs de vaches à corne) ou à des résultats inattendus (par exemple l'élection de Donald Trump).

Il arrive aussi parfois que des décisions ne soient pas prises. Ces dernières semaines en ont donné de très nombreux exemples, en voici trois :

1) Le 25 novembre, le peuple suisse s'est prononcé sur une initiative (dite de l'autodétermination) visant à garantir la démocratie directe suisse, via les votations populaires, afin qu'une décision prise par les citoyens ne soit pas invalidée par le droit international (sous réserve du respect des règles impératives et des droits de l'homme). L'initiative est rejetée, avec pour conséquence la primauté du droit international sur la Constitution et la souveraineté du peuple...

2) Le 11 décembre, le parlement suisse rejette une nouvelle loi sur le CO2, qui prévoyait initialement une modeste taxe sur les billets d'avion, une augmentation de l'essence de quelques centimes, entre autres. Comment va-t-on réussir à diminuer nos émissions de CO2 ? Pour le moment, nos représentants élus n'ont pas répondu à cette question...

3) La conférence sur le réchauffement climatique (COP24), qui s'est tenue en Pologne, s'est terminée le 15 décembre sans qu'aucune décision significative a été prise. Nos représentants (chefs de gouvernement, ministres, etc.) ont ergoté pendant 2 semaines à Katowice pour finalement ne pas décider grand-chose, et même refuser que soit mentionné dans le texte final toute référence à la sécurité alimentaire. Celle-ci ne sera en effet plus garantie avec une hausse de la température (canicule => sécheresse => baisse des rendements agricoles => risque de famines). Les générations présentes et futures apprécieront...


samedi 17 novembre 2018

Comment nous protéger des prochaines crises ?

La première quinzaine de novembre a été riche en conférences à Genève. Commençons par celle de Jacques Attali, venu présenter son dernier livre "Comment nous protéger des prochaines crises ?", qui a donné le titre à sa conférence et à cet article.

En introduction, il a rappelé que la situation en 1900 promettait un XXème siècle heureux et paisible. Puis se sont succédé la 1ère guerre mondiale (18 millions de morts), la grippe espagnole en 1918 (30 à 100 millions de morts) , en 1929 la crise financière, puis économique, suivie du protectionnisme, d'une montée des nationalismes qui ont débouché sur la 2ème guerre mondiale (entre 50 et 85 millions de morts).

Il semble y avoir des similitudes entre les espoirs du début des années 1900 et le passage à l'an 2000. Cet optimisme s'est depuis tempéré, voire refroidi. Notre siècle se déroulera-t-il de manière identique au précédent ? Nos crises d'aujourd'hui se différencient-elles des événements d'hier ? Quelles sont-elles ?

1) Probabilité d'une nouvelle crise financière, après celle de 2008 (subprimes) : aucune régulation sérieuse n'ayant été mise en place ces 10 dernières années, la spéculation flambe sans contrôle et le surendettement public et privé atteint des sommets. Il y a une crise financière environ tous les 10-12 ans, cela pourrait donc arriver prochainement.

2) A la suite de la prochaine crise financière, une crise économique pourrait lui emboîter le pas, d'autant plus facilement que le contexte de montée des protectionnismes s'y prête.

3) Crise idéologique : même si l'économie de marché est devenue globale, celle-ci n'a pas permis à la démocratie d'être adoptée partout dans le monde. Au contraire, la concentration des richesses et la hausse des inégalités provoque un rejet des élites.

4) La crise environnementale se couple d'un risque de pénuries des ressources (eau, etc.), alors que l'accord de Paris n'est pas appliqué par les pays signataires...

5) Crise migratoire qui ne va aller qu'en s'amplifiant : 250 millions de migrants vivent sur un autre continent aujourd'hui, ce chiffre pourrait passer à un milliard de personnes qui vont migrer ces prochaines décennies. Cette situation va évidemment renforcer un repli identitaire et un appel au retour des frontières.

6) Crise géopolitique : En contrepoids aux rivalités US-Chine pour le contrôle des richesses, des technologies, des entreprises, des talents, l'Europe est divisée. Ce qui m'amène à la conférence suivante, puisque celle de Jacques Attali portait bien mal son nom (il n'a pas indiqué comment se protéger de ces crises, peut-être dans l'espoir que les auditeurs achètent son livre, ce que je ne ferai pas).

La conférence suivante, donc, traitait des rivalités à l'oeuvre au sein de notre continent. L'Union Européenne sera-t-elle la nouvelle Union soviétique qui s'est effondrée il y a 30 ans ?

Voici les facteurs de division à l'oeuvre :

1) L'euro est devenu un facteur de désintégration, car les économies européennes sont trop dissemblables. La crise financière puis économique de 2008 a particulièrement frappé les pays les plus faibles de la zone euro. En Grèce, l'austérité a tout simplement détruit la classe moyenne. L'euro survivra-t-il à la prochaine crise financière ?

2) La crise migratoire n'est pas gérée, une frange de la population et certains gouvernements s'opposent à l'accueil de réfugiés, alors que la population de la jeune Afrique va doubler d'ici 2050. Comment cette explosion démographique se traduira-t-elle en terme de pression migratoire ? Multiculturalisme ou multiconflictualité ?

3) L'Union Européenne a perdu de sa légitimité pour certains, ses élites sont remises en question, son manque de gouvernance démocratique est dénoncé. En réponse, Bruxelles veut sanctionner les voix dissonantes de l'Europe de l'Est ou d'ailleurs (Italie) qui critiquent les décisions prises. La Grande-Bretagne sera-t-elle la seule à quitter le navire européen ?

4) L'Europe peine à répondre aux menaces de sanctions américaines qui s'appliquent même en dehors des USA (extra-territorialité). D'un autre côté, la Chine fait ses emplettes, investissant et rachetant des entreprises européennes, alors que le continent continue à se déindustrialiser. Ainsi, l'Union Européenne est de moins en moins productive et de plus en plus surendettée.

Et comment la Suisse doit-elle répondre à ce contexte géopolitique ?

Deux épisodes historiques peuvent donner une piste.

Le premier se situe à la fin de Moyen-Age avec les guerres de Bourgogne (1474-1477). Lors de celles-ci, La Confédération Helvétique défend avec succès son axe commercial est-ouest, et donc son économie, grâce à son outil militaire.

Le deuxième est celui de la 2ème guerre mondiale, où la Suisse défend ses deux axes commerciaux (nord-sud et est-ouest) ainsi que sa place financière, en étant à la fois partenaire économique du IIIème reich et en opposant une armée dissuasive, retranchée dans son réduit national.

Aujourd'hui, face à aux menaces d'aujourd'hui, la Suisse peut s'enorgueillir de toujours contrôler ses deux axes commerciaux, et d'avoir maintenu sa place financière malgré les récentes crises et la fin du secret bancaire. Mais qu'en est-il de son outil militaire ?...

mercredi 31 octobre 2018

Coup de gueule numéro 3 : génocide dans l'indifférence

Dans son dernier rapport, le Fonds mondial pour la nature (WWF) nous dit que sous la pression de l'homme, la planète a vu ses populations de vertébrés sauvages décliner de 60% depuis 1970.

Causes : surpêche et braconnage, pollutions, sécheresse et épuisement des sols, destruction de l'habitat naturel (notamment déforestation au profit de l'agriculture intensive, de l'extraction minière, de l'urbanisation).

Ce génocide sur les espèces se déroule à peu près dans l'indifférence. Logique, ce n'est jamais l'auteur d'un génocide qui le dénonce. D'autant moins que son auteur en est aussi le bénéficiaire. Ainsi, l'homme pille toutes les ressources disponibles, consomme, gaspille, rejette des déchets sans aucune considération pour l'environnement, détruit les biotopes pour son seul bénéfice (ses infrastructures de transport, son habitat, etc.), sans tenir compte des services rendus par la nature : pollinisation, fourniture de ressources essentielles à la survie de l'homme, comme les sols et l'eau.

Et c'est là que la situation serait ironique si elle n'était pas tragique : en puisant sans fin dans la nature, comme si ses ressources étaient illimitées, l'homme est arrivé au point où son comportement avide et prédateur le met lui-même en danger. Il y a plus de déchets que de poissons dans les océans (dont une partie ingérée par ceux-ci, puis par l'homme via sa propre consommation de produits de la mer). L'homme souffre de sa propre pollution (par exemple, dans le cas de la pollution atmosphérique, via des maladies pulmonaires). De toutes les ressources, l'eau est la plus exemplaire, car absolument vitale : un homme meurt après 3 jours sans s'hydrater. Il y a déjà des pénuries d'eau dans la ville sud-africaine du Cap. D'autres zones très peuplées sont menacées de stress hydrique ces prochaines années : Californie, Inde, Egypte, etc.

De criminel, le comportement égoïste de l'homme devient donc auto-destructeur. Il sera bien difficile d'expliquer aux plus jeunes pourquoi notre génération n'a pas eu la volonté de changer de trajectoire pour éviter ce suicide collectif programmé.

mercredi 12 septembre 2018

Coup de gueule numéro 2 : de l'inconscience écologique à la dictature verte

Après un été caniculaire, la démission de Nicolas Hulot, et de plus en plus de personnes (scientifiques, experts, etc.) qui tirent la sonnette d'alarme climatique, ce mois de septembre est médiatiquement "chaud" sur le front de l'environnement. D'où ce coup de gueule, car au fond, rien ne change : business as usual.

Les gens se donnent bonne conscience en recyclant leurs déchets (tri sélectif) : c'est mieux que rien, mais notoirement insuffisant et plus du tout à la hauteur des enjeux. Pour preuve :

J'avais vu un documentaire sur un Scandinave (il n'y a qu'eux pour se lancer dans des projets pareils) qui a essayé pendant un an d'avoir, pour lui et sa petite famille, 0 émission de carbone. En gros et en résumé, cela donnait à peu près cela :

  • évacuation de tous les objets en plastique de son domicile (remplacés par exemple par des jouets en bois pour ses deux enfants)
  • voiture remplacée par des trajets à pied, en vélo ou en transports publics (pour les plus longs)
  • achats en vrac et non emballés dans les magasins
  • vacances d'été en Italie, en voyageant en train
  • etc.
Il a tenu le compte tout au long de l'année, des économies d'émissions carbone ainsi réalisées. Ce qui a vraiment fait la différence ? Le voyage en Italie en train plutôt qu'en avion.

Ceci est corroboré par l'extrait suivant que j'avais lu il y a quelques années, et que je cite car cette petite comparaison est toujours d'actualité : "Marius roule tous les jours une heure dans sa voiture toute pourrie au pot catalytique mal réglé. Il va au fast-food une fois par jour, mange de la viande à tous les repas, il fume, ne trie pas ses ordures, n'a plus que 2 points sur son permis de conduire, part en vacances en août sur la côte, et passe 10 heures dans les bouchons à l'aller comme au retour. (...) Mélanie, elle, mange bio et de saison, fait gaffe à sa consommation d'eau, recycle l'aluminium, le papier et le verre. En centre-ville, elle circule à pied ou à vélo et ne prend l'avion que deux fois par an, pour aller en week-end à Marrakech ou à Ibiza, et une fois pour ses vacances d'hiver en Thaïlande. Elle vote écolo bien qu'elle sache qu'elle n'est qu'un petit maillon dans l'écosystème. Elle sait que ce tout petit geste est important dans la lutte permanente pour un monde meilleur. Elle n'hésite pas à moraliser ceux qui ne le font pas, notamment son collègue Marius, qu'elle soupçonne même de ne pas voter comme il faut. Des deux, c'est de loin Mélanie qui a l'empreinte carbone la plus élevée" (in "Survivre à l'effondrement économique" de P. San Giorgio)

Et moi, allez-vous me dire ? Qui suis-je pour donner des leçons ? Mon profil est à peu près celui de Mélanie, l'avion en moins. Lorsque j'avais assisté à une présentation de l'association i-boycott devant un public d'une vingtaine de personnes (toutes concernées par l'environnement), j'avais sidéré l'assistance en déclarant ne plus prendre l'avion depuis quelques années, au point de passer pour un extra-terrestre (sans vaisseau spatial). D'où mon constat : même parmi des personnes qui se disent écologistes, il y a du bla-bla mais peu de changements de ses propres habitudes.

Comment peut-on alors espérer modifier cette trajectoire qui nous mène droit dans le mur ? Car ce n'est pas d'espoir dont nous avons besoin, mais d'actions concrètes, comme par exemples :
  • faire moins d'enfants : la courbe démographique doit s'inverser, la population humaine doit diminuer, même s'il faut passer par une étape de vieillissement de la population. Cela permettra à terme de diminuer la pression sur les ressources (eau, énergie, etc.)
  • privilégier les moyens de transports moins/peu/pas polluants (ce qui implique donc de moins prendre l'avion)
  • manger moins de viande
  • moins consommer (moins de gaspillage, plus de sobriété). Etre plutôt qu'avoir.
  • etc.
Vous allez me reprendre, ce ne sont pas les individus qui polluent le plus (par le tourisme, leurs déplacements, leurs achats, etc.). Ce sont les entreprises, notamment les multinationales, qui sont les premiers coupables : c'est vrai. Mais par vos choix de consommateurs, vous avez vous aussi une petite influence : https://www.i-boycott.org

Comme je soupçonne que nous ne passerons pas des intentions aux actes (ou pas assez, ou trop tard), à un moment l'humanité arrivera à un point de rupture, avec deux scenarii à envisager :
  1. Prises de mesures imposées par les Etats (taxation des vols, voire interdiction des voyages de loisirs, retour de la politique de l'enfant unique, etc.). C'est le scénario où on passe en mode autoritaire, qu'on peut appeler "dictature verte".
  2. Manque d'eau, sécheresses amenant insécurité alimentaire, famines entraînant maladies, etc. C'est le scénario où on passe en mode survie dans un environnement dégradé.
En résumé : 
  1. Ni le individus, ni les entreprises ne risquent de modifier suffisamment leurs habitudes, ou alors trop peu et trop tard.
  2. Idem pour les Etats : en raison de motifs électoralistes, les mesures nécessaires, même prises de façon autoritaire, seront insuffisantes et là aussi trop tardives.
  3. Reste le scénario du pire, dans lequel il faudra se débrouiller et faire avec une nature altérée. Certaines régions deviendront peut-être inhabitables, entraînant des migrations supplémentaires (réfugiés climatiques). Seule bonne nouvelle pour ceux qui passeront ce cap : une diminution de la population mondiale diminuera la pression sur les ressources.