mercredi 1 mai 2019

Coup de gueule numéro 9 : la société sans cash

Une récente campagne de pub suisse (devrait-on dire, de propagande ?) et ciblant les jeunes, tente de faire passer le message que payer sans cash, c'est fun, cool et tendance ("do the cashless" avec son petit pas de danse : https://dance.cashless.ch/fr/)

Qui est derrière ce spot vidéo ? La communauté suisse des prestataires de cartes bancaires (UBS, Visa, American Express, etc.)

Leur but ? poursuivre leur guerre contre le cash, visant à sa suppression.

Avec quels intérêts pour eux ?
  • pour les banques, fermer des agences
  • réduire le nombre de distributeurs de billets (coûteux à entretenir et à approvisionner)
  • obliger leurs clients à être captifs : sans cash, obligation de déposer tous ses avoirs sur son compte, et d'utiliser les services numériques proposés. On fait travailler le client qui gère son compte lui-même, et on licencie des employés.
  • toucher des commissions sur les transactions, au détriment des commerçants, et des consommateurs si le prix est majoré.
Avec quels inconvénients pour les particuliers ?
  • atteinte à la sphère privée : toute transaction est inscrite et enregistrée, voire surveillée
  • exclusion financière, pour les personnes qui n'ont pas accès aux services bancaires
  • cybersécurité : vol de données personnelles et utilisation frauduleuse de vos moyens de paiement
  • en cas de pannes du système (coupures), impossibilité de payer ou de retirer de l'argent. A l'inverse, le cash ne dépend pas d'un centre de données, il est toujours accessible, disponible, utilisable, sans surveillance, ni contrôle à distance.
Une société sans cash, c'est une autre de nos libertés qui est supprimée. Ce sont les intérêts des institutions financières qui sont priorisés, à nos dépens. Cela ne fonctionne que lorsque tout se passe bien, mais rien, jamais, ne fonctionne toujours comme prévu (voir l'histoire du nucléaire : les "experts" affirmaient qu'un accident majeur était statistiquement "impossible". Il y a eu Windscale (UK), Three Mile Island (USA), Tchernobyl (URSS), Fukushima (J), pour ne citer que les plus graves...)

Si vous n'avez plus de cash, et que toutes vos économies sont sur un compte, vous devez alors faire confiance au système. En cas de panne (électricité, réseaux, serveurs et centres de données, etc.), vous n'aurez plus accès à vos avoirs.

En cas de crise financière (comme celle de 2007-2009), les banques peuvent faire faillite (comme Lehman Brothers) ou fermer temporairement (comme en Grèce). Les Grecs ne pouvaient retirer plus que 60 euros par jour, après avoir attendu des heures dans des files d'attente interminables... sauf ceux qui avaient eu la prévoyance d'avoir, à l'avance, une réserve de cash à la maison. Le secteur financier de Chypre a lui été sauvé en mettant les déposants à contribution ("bail in"). Les comptes de plus de 100'000 euros de Bank of Cyprus ont été ponctionnés à hauteur de 47,5%. La Laiki Bank ayant été liquidée, ses dépôts de plus de 100'000 euros ont subi une perte entre 80 et 90% de leur valeur. Vive les dépôts !

Après la crise financière, les taux d'intérêts ont baissé, pour arriver à zéro (déposer son argent dans une banque ne rapporte plus rien), voire en territoire négatif  (déposer son argent coûte, puisque la banque taxe votre argent). Devoir tout déposer sur son compte, puis se faire taxer par sa banque, c'est décidément fantastique ! Pour qui ? Alors, "do the cashless", et prêt à danser ?

mercredi 17 avril 2019

Coup de gueule numéro 8 destiné aux peureux, aux optimistes ou à ceux qui ne font rien

Un sentiment d'urgence commence à poindre. Enfin ?

Il faut dire que la réalité des chiffres est implacable.

1) Explosion démographique : la population humaine a presque quadruplé en moins d'un siècle.
En 1950, nous étions 2,5 milliards d'habitants sur notre planète. Au début des années 2020, nous serons environ 8 milliards. Les projections pour 2050 oscillent entre 9 et 10 milliards d'habitants, et pour 2100, entre 7 et 16 milliards... et si c'était moins d'un milliard ?

2) Alors que l'espèce humaine prospère, on assiste en parallèle à l'effondrement du vivant sur Terre, en quantité et en diversité : c'est la 6ème extinction de masse des espèces, mais causée pour la 1ère fois par l'une d'entre elles (nous). Cette extinction, actuelle et en cours, est entre 100 et 1000 fois plus rapide que le taux naturel de disparition d'une espèce :
- diminution de 80% de la quantité d'insectes (en 30 ans). Merci pesticides et insecticides, glyphosate, néonicotinoïdes, etc.
- disparition de 58% des vertébrés entre 1970 et 2012. Si on rallonge la période de 8 ans, de 1970 à 2020, la disparition des vertébrés est estimée à 67%.

3) Et nos ressources vitales ? celles qui nous nourrissent, et nous permettent de survivre ?
- en 2050 il y aura plus de plastique que de poisson dans l'océan
- en 2050 il faudra augmenter de 50% la production agricole par rapport à 2012, pour subvenir à notre alimentation, mais :
- l'agriculture occupe aujourd'hui déjà un tiers des terres émergées
- l'agriculture est responsable de 80% de la déforestation
- l'agriculture engloutit 70% de la consommation d'eau douce, alors que les eaux souterraines et les fleuves s'épuisent, augmentant le stress hydrique de plus en plus de populations : le déficit global d'eau douce est estimé à 40% d'ici 2030.

Aujourd'hui, 85% de notre énergie utilisée est toujours d'origine fossile. Cette addiction nous coûtera-t-elle la vie, comme un toxicomane qui n'arrive pas à décrocher de sa dépendance ? Il faudrait diminuer drastiquement nos émissions de CO2 (via une transition énergétique/écologique vigoureuse), mais nous semblons en être incapable. Sans volonté, ça va être compliqué; ça va être chaud...

Voici une petite équation intéressante : Réchauffement climatique et manque d'eau = sécheresse = insécurité alimentaire = famines.

Moins important que l'eau et la nourriture, d'autres ressources vont aussi manquer.
En 1970, 22 milliards de tonnes de matières premières ont été extraites de la terre.
En 2010, 70 milliards de tonnes
L'estimation pour 2050, ce sont 180 milliards de tonnes de matières premières qu'il serait nécessaire d'extraire de la terre pour les besoins de l'humanité. Heu... il y a 180 milliards de tonnes à extraire ?
De nombreux métaux utilisés dans l'industrie hi-tech sont en voie d'épuisement et n'ont pas de réserves connues qui vont au-delà de la décennie des années 2030. Fini les smartphones et autres gadgets électroniques... (inutiles, ils ne se mangent pas).

Comment réagir à ces données anxiogènes ?
- Avoir peur ? non, car la peur est contre-productive : elle inhibe la pensée, paralyse (effet de sidération), mène au désespoir et à l'inaction. Nous n'avons pas besoin de peur, mais de courage.
- Rester optimiste ? non plus, l'espoir est aussi contre-productif. L'optimiste pense que tout va s'arranger sans qu'il n'ait à modifier ni son comportement, ni ses habitudes. Surtout pas d'effort, shopping as usual. Nous n'avons pas besoin d'espoir, mais d'actions. Lesquelles ? Elles sont connues: moins d'enfants, moins de déplacements (notamment moins prendre l'avion), manger moins de viande et de poissons, moins consommer d'une manière générale, s'engager et sensibiliser son entourage... et se préparer à quelques changements au niveau de son environnement et de son mode de vie. Pour traverser ce siècle, les maîtres-mots pourraient bien être, s'adapter, être autonome, être résilient. Prêt ?

dimanche 3 mars 2019

Coup de gueule numéro 7 : la civilisation Titanic

(Ce texte n'est pas de moi, mais je l'ai trouvé suffisamment pertinent pour le reproduire)

Notre monde est un magnifique paquebot, lancé à pleine vitesse sur une mer calme. Par une froide nuit d’hiver, tu avances vers la proue et y aperçoit un énorme iceberg, bien avant tout le monde. Cependant, tu ne fais pas que de voir cet iceberg, il se trouve que tu as certaines facultés qui te permettent de savoir que 80% d’un iceberg se trouve sous la surface et tu remarques que la quantité hors de l’eau est déjà gigantesque. De plus, tu as fait un peu de résistance des matériaux ainsi que des cours de flottabilité et tu sais qu’à cette vitesse, on va faire un trou dans la coque et que le bateau va couler. Dernier point, tu sais aussi que le bateau n’est pas pourvu du nombre adéquat de canots de sauvetage et qu’en cas de naufrage, beaucoup de passagers vont mourir dans l’eau glacée.

Ton 1er réflexe est de courir vers la passerelle pour parler au capitaine. Tu lui hurles « iceberg droit de devant ! On va couler si vous ne changez pas le cap ! ». Le capitaine n’hausse même pas la tête et te rétorque d’un air dédaigneux « Aucun de mes outils ni indicateurs de navigation ne m’indique quoi que ce soit, je connais mon métier, virez-moi ce guignol ».

Tu te retrouves sur le pont. Ton deuxième réflexe est d’aller en salle des machines car après tout, ce sont eux qui font avancer le bateau, non ?  « iceberg droit devant ! Marche arrière toute, sinon on va couler ! ». Le responsable en chef vient te voir et te réponds : « Nous on prend les ordres d’en haut, et ils nous disent d’accélérer ! On va pas écouter un guignol qui va nous faire virer ! Allez, dehors ! »

Tu te retrouves sur le pont. Dernier espoir, tu tentes d’aller dans la grande salle de réception, pour organiser une rébellion contre le capitaine qui ne veut rien voir de ce qui nous arrive. « Tous avec moi ! Il faut reprendre le contrôle du bateau sans quoi nous allons taper un iceberg et la plupart d’entre nous va mourir ! »

Après un petit temps de silence, tout le monde éclate de rire. « Toi et tes prédictions de malheur, t’es très très pessimiste en fait ! », « Attend, y a le barman qui paye sa tournée, on ira faire ça demain, OK ? », « Mais on est bien là, y a rien qui nous fait penser qu’on va couler », et bien sûr le gars au fond de la salle qui te dit « Moi je crois pas aux icebergs ». « Allez, tu casses l’ambiance ici, soit plus positif, dégage ! ».

Tu te retrouves sur le pont. Seul et désespéré. Tu retournes à l’avant du paquebot et remarques que l’iceberg approche, que le créneau temporel pour l’éviter ou pour atténuer son impact se rétrécit d’heure en heure…

Et là, viennent te voir deux matelots qui t’ont entendu parler au capitaine, cinq ouvriers de la salle des machines et quelques personnes de la grande salle moins bourrés que les autres. Ils ne sont pas là parce qu’ils te croient sur parole, ils sont là parce que si jamais ce que tu dis est vrai, ça risque de tellement mal se passer pour eux qu’ils doivent au moins saisir l’occasion de savoir s’il y a oui ou non un iceberg droit devant.

Une fois qu’ils l’ont tous en visu et que tu leur expliques la résistance des matériaux et le manque de canots de sauvetage, la moitié d’entre eux s’effondre littéralement. Trop de désespoir, le choc psychologique est trop important et ils vont mettre du temps à s’en relever. « À quoi bon ? » se disent-ils.

L’autre moitié est prête à se retrousser les manches, à tout faire pour éviter l’iceberg ou limiter le nombre de morts noyés dans le naufrage. Mais là encore, se distinguent deux groupes : certains veulent aller voir le capitaine, puis la salle des machines, puis tenter une révolution dans la grande salle. Mais toi tu sais que ça ne marchera pas. Tu as déjà essayé. Tu les laisses faire, en te disant que plus il y aura de monde qui passera par ces trois étapes, plus il y aura de chances que le capitaine ouvre les yeux, bien qu’il soit sans doute trop tard.

Le dernier groupe se focalise sur un autre point, assez délaissé depuis le début : le nombre de canots de sauvetages. Ils commencent à en construire d’autres avec des lattes du pont supérieur, dans le but de pouvoir sauver plus de monde en cas de collision avec l’iceberg.

C’est avec ces derniers qu’il faut désormais travailler.

L’iceberg est trop proche pour l’éviter.
Le paquebot a trop d’inertie pour ralentir suffisamment avant l’impact. 
Le Monde-Titanic est voué à sombrer, la seule chose que nous pouvons désormais faire c’est de construire des canots de sauvetage, nous permettant de faire survivre le plus de monde au naufrage.

(©Julien Wosnitza)

samedi 2 février 2019

Coup de gueule no 6 pour ceux qui pensent que tout va bien (et que ça va continuer)

Vivons-nous une période de rupture historique ? Si nous choisissons de répondre par la positive, qu'est-ce qui nous permet d'être affirmatif ? Avant de faire un pronostic sur le futur (même proche), un bon réflexe est celui du conducteur, qui jette un coup d'oeil dans le rétroviseur avant de dépasser.

Ceux qui sont nés juste après la fin de la guerre (à partir de 1945) ont grandi dans la période appelée les Trente Glorieuses : Plan Marshall pour reconstruire l'Europe dévastée, climat d'optimisme et consommation des ménages soutenue qui alimente la croissance et le plein emploi, stabilité géopolitique (Pax atomica)... C'était le bon vieux temps que rien ne semblait pouvoir troubler.

Puis les quelques lézardes ont commencé à apparaître dès les années 1970 : premier élément d'incertitude dans le système financier avec la fin de la convertibilité dollar-or, fin de l'énergie gratuite avec les premiers chocs pétroliers.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, c'est la chute du mur et l'effondrement de l?Union soviétique. Bush père fanfaronne et proclame l'avènement d'un nouvel ordre mondial (avec en mire les USA en seule superpuissance) qui ne verra jamais le jour. Le tournant du millénaire assiste au kick-off du terrorisme djihadiste le 11 septembre 2001.

Ces dix dernières années, la situation s'accélère :
1) crise financière (2007-2009), incertitudes sur l'euro, bulles de crédit, développement de la finance de l'ombre (shadow banking)
2) printemps arabes avec des conflits qui embrasent la région (Libye qui devient une zone de non-droit, guerre civile en Syrie et au Yemen, naissance de l'EI en Irak suite au fiasco de l'intervention américaine, etc.).
3) crise migratoire (qui découle en partie du point précédent) avec un afflux de réfugiés (auxquels s'agrègent des réfugiés économiques provenant d'autres pays, et quelques terroristes)

Aujourd'hui, la machine semble s'emballer. Tous les pays du G7 ont de nouvelles situations à affronter (ou vont devoir le faire), maintenant ou dans un futur très proche :
- crise sociale en France qui a viré à une situation quasi-insurrectionnelle avec le mouvement des gilets jaunes
- modalités du Brexit britannique toujours inconnues
- incertitudes aux USA (shutdown, guerre commerciale avec la Chine, etc.)
- surendettement public et/ou privé (à peu près tous, mais avec une mention particulière pour le Japon, les USA, et l'Italie)
- pour cette dernière, on peut ajouter la grande fragilité de ses banques. Lors des difficiles négociations entre Bruxelles et Rome au sujet du budget italien, de nombreux clients italiens ont vidé leurs comptes pour déposer leur épargne auprès de banques suisses; point d'évasion fiscale, juste une mesure préventive pour éviter d'être victime d'un éventuel bail-in. Ces retraits ont évidemment été peu médiatisés...
- et pour que la liste des pays du G7 soit presque complète, l'Allemagne, sous forme de question : combien de temps pourra-t-elle (et voudra-t-elle) encore porter à bout de bras l'Union européenne et sa zone euro ?

Au vu de ce qui précède, nul besoin d'être voyant pour deviner que la prochaine décennie sera agitée...

samedi 19 janvier 2019

Coup de gueule numéro 5 : capitalisme & démocratie vs néo-libéralisme & oligarchie

Il y a toujours des personnes vivant dans un des pays développé du monde occidental (Europe et Amérique du Nord), qui pensent être dans un système politique démocratique qui va de pair avec une économie de marché, dite capitaliste. On peut en fait assez facilement démontrer que cette croyance ne résiste pas à l'examen des faits.

Commençons par le capitalisme, basé sur un marché libre, sans intervention étatique, où les choix rationnels de chaque individu permettent de maintenir le système en équilibre (l'offre et la demande, guidées par la fameuse main invisible). Pourtant, lors de la dernière crise financière, les Etats sont massivement intervenus pour sauver leurs banques de la faillite (too big to fail), en utilisant abondamment l'argent du contribuable (ainsi, aux USA en 2008, le racket orchestré par les banques leur a permis d'empocher plus de 1000 milliards de dollars d'argent public, dans l'indifférence générale...)

La finance mondiale et le système bancaire relèvent donc plus d'un système anarchico-socialiste que capitaliste. Anarchique, car les banquiers militent pour supprimer toute régulation qui entraverait leurs affaires en période de vaches grasses. Pour ce qui est des lois que les banques n'arrivent pas à faire supprimer, elles les détournent (finance de l'ombre / shadow banking et dark pools), ou les violent en toute impunité (too big to jail). Socialiste, car les banques appellent l'Etat à la rescousse lorsque les bulles éclatent (elles ne se dégonflent jamais en douceur) et que le krach survient à l'improviste (la fameuse "privatisation des profits, socialisation des pertes").

Le système néolibéral actuel peut donc être défini comme n'étant pas capitaliste, mais anarchique quand il s'agit de faire main basse sur un maximum de bénéfices par tous les moyens possibles (même illégaux), d'une part. D'autre part, socialiste quand la population est mise à contribution pour sauver une banque de la faillite : la cupidité de ses dirigeants les ont amené à des prises de risques qui les ont trop exposés sur les marchés.

Pour ce qui est de la démocratie, son niveau ne se mesure pas seulement à la convocation aux urnes, à intervalles plus ou moins réguliers, d'une population de plus en plus désabusée. Le camp des abstentionnistes ne cesse d'augmenter, les électeurs ayant le sentiment de ne pas être écouté : le pouvoir a été confisqué par des élites ne les représentant plus.

D'où la survenue de mouvements dits populistes, qui rejettent ces élites (dégagisme), dénoncent la baisse de leur niveau de vie et la hausse des inégalités. En réaction aux mouvements migratoires et à la mondialisation qui les fragilisent, ils adoptent un repli identitaire et demandent un retour à la protection des frontières. Cette confiscation du pouvoir démocratique par une élite économique et financière non élue, c'est précisément ce qui caractérise un système oligarchique dans lequel nous sommes aujourd'hui.

Conséquences : abstentionnisme et vote protestataire déjà mentionnés, mouvements sociaux comme les gilets jaunes en France, remise en question de la technocratie européenne (Brexit, Italie, Europe de l'Est), etc. Mais attention, plus le fossé qui sépare l'oligarchie et les citoyens va se creuser, moins la situation sera sous contrôle pour les élites. Les temps à venir seront troublés, et cela va durer.

lundi 31 décembre 2018

Coup de gueule numéro 4 : lorsque des décisions ne sont pas prises

La démocratie est considérée comme le système politique le plus juste et le plus équitable (one man, one vote). Toutefois, elle donne parfois lieu a des débats curieux (la population suisse qui doit se prononcer sur le soutien à apporter aux détenteurs de vaches à corne) ou à des résultats inattendus (par exemple l'élection de Donald Trump).

Il arrive aussi parfois que des décisions ne soient pas prises. Ces dernières semaines en ont donné de très nombreux exemples, en voici trois :

1) Le 25 novembre, le peuple suisse s'est prononcé sur une initiative (dite de l'autodétermination) visant à garantir la démocratie directe suisse, via les votations populaires, afin qu'une décision prise par les citoyens ne soit pas invalidée par le droit international (sous réserve du respect des règles impératives et des droits de l'homme). L'initiative est rejetée, avec pour conséquence la primauté du droit international sur la Constitution et la souveraineté du peuple...

2) Le 11 décembre, le parlement suisse rejette une nouvelle loi sur le CO2, qui prévoyait initialement une modeste taxe sur les billets d'avion, une augmentation de l'essence de quelques centimes, entre autres. Comment va-t-on réussir à diminuer nos émissions de CO2 ? Pour le moment, nos représentants élus n'ont pas répondu à cette question...

3) La conférence sur le réchauffement climatique (COP24), qui s'est tenue en Pologne, s'est terminée le 15 décembre sans qu'aucune décision significative a été prise. Nos représentants (chefs de gouvernement, ministres, etc.) ont ergoté pendant 2 semaines à Katowice pour finalement ne pas décider grand-chose, et même refuser que soit mentionné dans le texte final toute référence à la sécurité alimentaire. Celle-ci ne sera en effet plus garantie avec une hausse de la température (canicule => sécheresse => baisse des rendements agricoles => risque de famines). Les générations présentes et futures apprécieront...


samedi 17 novembre 2018

Comment nous protéger des prochaines crises ?

La première quinzaine de novembre a été riche en conférences à Genève. Commençons par celle de Jacques Attali, venu présenter son dernier livre "Comment nous protéger des prochaines crises ?", qui a donné le titre à sa conférence et à cet article.

En introduction, il a rappelé que la situation en 1900 promettait un XXème siècle heureux et paisible. Puis se sont succédé la 1ère guerre mondiale (18 millions de morts), la grippe espagnole en 1918 (30 à 100 millions de morts) , en 1929 la crise financière, puis économique, suivie du protectionnisme, d'une montée des nationalismes qui ont débouché sur la 2ème guerre mondiale (entre 50 et 85 millions de morts).

Il semble y avoir des similitudes entre les espoirs du début des années 1900 et le passage à l'an 2000. Cet optimisme s'est depuis tempéré, voire refroidi. Notre siècle se déroulera-t-il de manière identique au précédent ? Nos crises d'aujourd'hui se différencient-elles des événements d'hier ? Quelles sont-elles ?

1) Probabilité d'une nouvelle crise financière, après celle de 2008 (subprimes) : aucune régulation sérieuse n'ayant été mise en place ces 10 dernières années, la spéculation flambe sans contrôle et le surendettement public et privé atteint des sommets. Il y a une crise financière environ tous les 10-12 ans, cela pourrait donc arriver prochainement.

2) A la suite de la prochaine crise financière, une crise économique pourrait lui emboîter le pas, d'autant plus facilement que le contexte de montée des protectionnismes s'y prête.

3) Crise idéologique : même si l'économie de marché est devenue globale, celle-ci n'a pas permis à la démocratie d'être adoptée partout dans le monde. Au contraire, la concentration des richesses et la hausse des inégalités provoque un rejet des élites.

4) La crise environnementale se couple d'un risque de pénuries des ressources (eau, etc.), alors que l'accord de Paris n'est pas appliqué par les pays signataires...

5) Crise migratoire qui ne va aller qu'en s'amplifiant : 250 millions de migrants vivent sur un autre continent aujourd'hui, ce chiffre pourrait passer à un milliard de personnes qui vont migrer ces prochaines décennies. Cette situation va évidemment renforcer un repli identitaire et un appel au retour des frontières.

6) Crise géopolitique : En contrepoids aux rivalités US-Chine pour le contrôle des richesses, des technologies, des entreprises, des talents, l'Europe est divisée. Ce qui m'amène à la conférence suivante, puisque celle de Jacques Attali portait bien mal son nom (il n'a pas indiqué comment se protéger de ces crises, peut-être dans l'espoir que les auditeurs achètent son livre, ce que je ne ferai pas).

La conférence suivante, donc, traitait des rivalités à l'oeuvre au sein de notre continent. L'Union Européenne sera-t-elle la nouvelle Union soviétique qui s'est effondrée il y a 30 ans ?

Voici les facteurs de division à l'oeuvre :

1) L'euro est devenu un facteur de désintégration, car les économies européennes sont trop dissemblables. La crise financière puis économique de 2008 a particulièrement frappé les pays les plus faibles de la zone euro. En Grèce, l'austérité a tout simplement détruit la classe moyenne. L'euro survivra-t-il à la prochaine crise financière ?

2) La crise migratoire n'est pas gérée, une frange de la population et certains gouvernements s'opposent à l'accueil de réfugiés, alors que la population de la jeune Afrique va doubler d'ici 2050. Comment cette explosion démographique se traduira-t-elle en terme de pression migratoire ? Multiculturalisme ou multiconflictualité ?

3) L'Union Européenne a perdu de sa légitimité pour certains, ses élites sont remises en question, son manque de gouvernance démocratique est dénoncé. En réponse, Bruxelles veut sanctionner les voix dissonantes de l'Europe de l'Est ou d'ailleurs (Italie) qui critiquent les décisions prises. La Grande-Bretagne sera-t-elle la seule à quitter le navire européen ?

4) L'Europe peine à répondre aux menaces de sanctions américaines qui s'appliquent même en dehors des USA (extra-territorialité). D'un autre côté, la Chine fait ses emplettes, investissant et rachetant des entreprises européennes, alors que le continent continue à se déindustrialiser. Ainsi, l'Union Européenne est de moins en moins productive et de plus en plus surendettée.

Et comment la Suisse doit-elle répondre à ce contexte géopolitique ?

Deux épisodes historiques peuvent donner une piste.

Le premier se situe à la fin de Moyen-Age avec les guerres de Bourgogne (1474-1477). Lors de celles-ci, La Confédération Helvétique défend avec succès son axe commercial est-ouest, et donc son économie, grâce à son outil militaire.

Le deuxième est celui de la 2ème guerre mondiale, où la Suisse défend ses deux axes commerciaux (nord-sud et est-ouest) ainsi que sa place financière, en étant à la fois partenaire économique du IIIème reich et en opposant une armée dissuasive, retranchée dans son réduit national.

Aujourd'hui, face à aux menaces d'aujourd'hui, la Suisse peut s'enorgueillir de toujours contrôler ses deux axes commerciaux, et d'avoir maintenu sa place financière malgré les récentes crises et la fin du secret bancaire. Mais qu'en est-il de son outil militaire ?...

mercredi 31 octobre 2018

Coup de gueule numéro 3 : génocide dans l'indifférence

Dans son dernier rapport, le Fonds mondial pour la nature (WWF) nous dit que sous la pression de l'homme, la planète a vu ses populations de vertébrés sauvages décliner de 60% depuis 1970.

Causes : surpêche et braconnage, pollutions, sécheresse et épuisement des sols, destruction de l'habitat naturel (notamment déforestation au profit de l'agriculture intensive, de l'extraction minière, de l'urbanisation).

Ce génocide sur les espèces se déroule à peu près dans l'indifférence. Logique, ce n'est jamais l'auteur d'un génocide qui le dénonce. D'autant moins que son auteur en est aussi le bénéficiaire. Ainsi, l'homme pille toutes les ressources disponibles, consomme, gaspille, rejette des déchets sans aucune considération pour l'environnement, détruit les biotopes pour son seul bénéfice (ses infrastructures de transport, son habitat, etc.), sans tenir compte des services rendus par la nature : pollinisation, fourniture de ressources essentielles à la survie de l'homme, comme les sols et l'eau.

Et c'est là que la situation serait ironique si elle n'était pas tragique : en puisant sans fin dans la nature, comme si ses ressources étaient illimitées, l'homme est arrivé au point où son comportement avide et prédateur le met lui-même en danger. Il y a plus de déchets que de poissons dans les océans (dont une partie ingérée par ceux-ci, puis par l'homme via sa propre consommation de produits de la mer). L'homme souffre de sa propre pollution (par exemple, dans le cas de la pollution atmosphérique, via des maladies pulmonaires). De toutes les ressources, l'eau est la plus exemplaire, car absolument vitale : un homme meurt après 3 jours sans s'hydrater. Il y a déjà des pénuries d'eau dans la ville sud-africaine du Cap. D'autres zones très peuplées sont menacées de stress hydrique ces prochaines années : Californie, Inde, Egypte, etc.

De criminel, le comportement égoïste de l'homme devient donc auto-destructeur. Il sera bien difficile d'expliquer aux plus jeunes pourquoi notre génération n'a pas eu la volonté de changer de trajectoire pour éviter ce suicide collectif programmé.

mercredi 12 septembre 2018

Coup de gueule numéro 2 : de l'inconscience écologique à la dictature verte

Après un été caniculaire, la démission de Nicolas Hulot, et de plus en plus de personnes (scientifiques, experts, etc.) qui tirent la sonnette d'alarme climatique, ce mois de septembre est médiatiquement "chaud" sur le front de l'environnement. D'où ce coup de gueule, car au fond, rien ne change : business as usual.

Les gens se donnent bonne conscience en recyclant leurs déchets (tri sélectif) : c'est mieux que rien, mais notoirement insuffisant et plus du tout à la hauteur des enjeux. Pour preuve :

J'avais vu un documentaire sur un Scandinave (il n'y a qu'eux pour se lancer dans des projets pareils) qui a essayé pendant un an d'avoir, pour lui et sa petite famille, 0 émission de carbone. En gros et en résumé, cela donnait à peu près cela :

  • évacuation de tous les objets en plastique de son domicile (remplacés par exemple par des jouets en bois pour ses deux enfants)
  • voiture remplacée par des trajets à pied, en vélo ou en transports publics (pour les plus longs)
  • achats en vrac et non emballés dans les magasins
  • vacances d'été en Italie, en voyageant en train
  • etc.
Il a tenu le compte tout au long de l'année, des économies d'émissions carbone ainsi réalisées. Ce qui a vraiment fait la différence ? Le voyage en Italie en train plutôt qu'en avion.

Ceci est corroboré par l'extrait suivant que j'avais lu il y a quelques années, et que je cite car cette petite comparaison est toujours d'actualité : "Marius roule tous les jours une heure dans sa voiture toute pourrie au pot catalytique mal réglé. Il va au fast-food une fois par jour, mange de la viande à tous les repas, il fume, ne trie pas ses ordures, n'a plus que 2 points sur son permis de conduire, part en vacances en août sur la côte, et passe 10 heures dans les bouchons à l'aller comme au retour. (...) Mélanie, elle, mange bio et de saison, fait gaffe à sa consommation d'eau, recycle l'aluminium, le papier et le verre. En centre-ville, elle circule à pied ou à vélo et ne prend l'avion que deux fois par an, pour aller en week-end à Marrakech ou à Ibiza, et une fois pour ses vacances d'hiver en Thaïlande. Elle vote écolo bien qu'elle sache qu'elle n'est qu'un petit maillon dans l'écosystème. Elle sait que ce tout petit geste est important dans la lutte permanente pour un monde meilleur. Elle n'hésite pas à moraliser ceux qui ne le font pas, notamment son collègue Marius, qu'elle soupçonne même de ne pas voter comme il faut. Des deux, c'est de loin Mélanie qui a l'empreinte carbone la plus élevée" (in "Survivre à l'effondrement économique" de P. San Giorgio)

Et moi, allez-vous me dire ? Qui suis-je pour donner des leçons ? Mon profil est à peu près celui de Mélanie, l'avion en moins. Lorsque j'avais assisté à une présentation de l'association i-boycott devant un public d'une vingtaine de personnes (toutes concernées par l'environnement), j'avais sidéré l'assistance en déclarant ne plus prendre l'avion depuis quelques années, au point de passer pour un extra-terrestre (sans vaisseau spatial). D'où mon constat : même parmi des personnes qui se disent écologistes, il y a du bla-bla mais peu de changements de ses propres habitudes.

Comment peut-on alors espérer modifier cette trajectoire qui nous mène droit dans le mur ? Car ce n'est pas d'espoir dont nous avons besoin, mais d'actions concrètes, comme par exemples :
  • faire moins d'enfants : la courbe démographique doit s'inverser, la population humaine doit diminuer, même s'il faut passer par une étape de vieillissement de la population. Cela permettra à terme de diminuer la pression sur les ressources (eau, énergie, etc.)
  • privilégier les moyens de transports moins/peu/pas polluants (ce qui implique donc de moins prendre l'avion)
  • manger moins de viande
  • moins consommer (moins de gaspillage, plus de sobriété). Etre plutôt qu'avoir.
  • etc.
Vous allez me reprendre, ce ne sont pas les individus qui polluent le plus (par le tourisme, leurs déplacements, leurs achats, etc.). Ce sont les entreprises, notamment les multinationales, qui sont les premiers coupables : c'est vrai. Mais par vos choix de consommateurs, vous avez vous aussi une petite influence : https://www.i-boycott.org

Comme je soupçonne que nous ne passerons pas des intentions aux actes (ou pas assez, ou trop tard), à un moment l'humanité arrivera à un point de rupture, avec deux scenarii à envisager :
  1. Prises de mesures imposées par les Etats (taxation des vols, voire interdiction des voyages de loisirs, retour de la politique de l'enfant unique, etc.). C'est le scénario où on passe en mode autoritaire, qu'on peut appeler "dictature verte".
  2. Manque d'eau, sécheresses amenant insécurité alimentaire, famines entraînant maladies, etc. C'est le scénario où on passe en mode survie dans un environnement dégradé.
En résumé : 
  1. Ni le individus, ni les entreprises ne risquent de modifier suffisamment leurs habitudes, ou alors trop peu et trop tard.
  2. Idem pour les Etats : en raison de motifs électoralistes, les mesures nécessaires, même prises de façon autoritaire, seront insuffisantes et là aussi trop tardives.
  3. Reste le scénario du pire, dans lequel il faudra se débrouiller et faire avec une nature altérée. Certaines régions deviendront peut-être inhabitables, entraînant des migrations supplémentaires (réfugiés climatiques). Seule bonne nouvelle pour ceux qui passeront ce cap : une diminution de la population mondiale diminuera la pression sur les ressources.

vendredi 31 août 2018

Coup de gueule numéro 1 : la déshumanisation du monde du travail

Dans un précédent article, je pointais (entre autres) les méfaits de la robotisation et de la révolution numérique, puisqu'ils causent destruction ou précarisation des emplois.

Et quid des chanceux qui se sont maintenus à leur poste ? Leur traitement est l'objet de ce coup de gueule.

Depuis une dizaine d'années (une des nombreuses conséquences de la crise de 2008), le monde du travail s'est considérablement durci. Pour maintenir leurs marges, les entreprises ont diminué leurs effectifs, "flexibilisé" ou "précarisé" le statut de leurs collaborateurs (selon le point de vue d'où l'on se place), réduit salaires et avantages sociaux (avènement des working poors).

Pour les employés qui restent, la vocation rêvée peut devenir un enfer quotidien : surcharge permanente, stress, mise sous pression et mobbing, burn-out... ou quand le travail devient souffrance. Cette détresse se voit dans plusieurs indicateurs (pour autant que l'on veuille bien y prêter attention, plutôt que de tourner la tête pour regarder ailleurs) : absentéisme, turn-over ou taux de survie en entreprise, nombre de cas juridiques : toutes ces statistiques sont à la hausse, sans pour autant interpeller les conseils d'administration, qui préfèrent sans doute voir la productivité, le bénéfice ou le chiffre d'affaires augmenter.

Dans cette nouvelle jungle du travail, l'employé peine à se protéger des ces pratiques scandaleuses (et illégales) : crainte de représailles en cas de dénonciation auprès du médiateur interne (s'il y en a un), de l'inspection du travail, de son assurance protection juridique ou des médias (la posture du lanceur d'alerte reste délicate). Beaucoup choisissent alors une forme ou l'autre de résistance passive : cynisme en hausse, loyauté en baisse, prises d'initiatives limitées, passivité et service minimum (voire syndrome du passager clandestin).

Survient donc un revers de la médaille pour l'employeur : baisse de la satisfaction du personnel, de sa motivation, de sa performance. La diminution des effectifs précitée devient alors contre-productive : in fine, les résultats financiers sont moins bons que ce qu'ils pourraient être avec des collaborateurs motivés et performants.

Les employés, eux, préfèrent opter pour un modèle de relations plus harmonieuses, plutôt que basé sur la compétition. Ils se désengagent donc de la sphère professionnelle devenue toxique pour se fixer de nouveaux buts, se ressourcer ailleurs et réinvestir leurs loisirs (work-life balance).

Malgré les déclarations d'intentions (plaquettes de présentation, chartes, philosophie d'entreprises), il y a un écart toujours plus grand entre le discours des employeurs et le monde du travail qui semble devenir fou. Jusqu'à quand cela peut-il durer ? Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se casse...

dimanche 22 juillet 2018

pronostic d'un non-connaisseur sur l'appel d'offre des prochains avions de combat

Le gouvernement suisse vient de lancer l'appel d'offre pour acheter un nouvel avion de combat, en remplacement de sa flotte de F-5 et F/A-18 Hornet (https://www.vbs.admin.ch/content/vbs-internet/fr/home.detail.nsb.html/71511.html).

5 modèles seront en compétition : l'Airbus Eurofighter, le Dassault Rafale, le Saab Gripen E, le Boeing F/A-18 Super Hornet et le Lockheed-Martin F-35A.

D'ici deux ans, la population suisse sera amenée à se prononcer par référendum sur le crédit d'achat (mais pas sur le modèle d'avion qui sera choisi ultérieurement). Montant de la facture soumise au vote : 8 milliards de francs, qui incluront aussi un nouveau système sol-air.


En bon citoyen, je m'informe et j'ai voulu savoir ce que valaient ces joujoux quelque peu coûteux, même si la votation n'est pas pour demain (d'ici 2020).


N'ayant pas de compétences aéronautiques particulières, j'ai pris quelques heures pour me renseigner. Facile, il y a de nombreux sites et blogs spécialisés sur le sujet. En voici un petit résumé, sous forme de classement :


5) Le F-35A réussit le tour de force d'être à la fois le plus coûteux des 5 avions considérés, et le moins performant de tous. Nombreux problèmes de conception, dépassements pharaoniques du budget : son rapport qualité/prix est catastrophique. L'ingénieur aéronautique Pierre Sprey (concepteur du F-16 et du A-10), a affublé le F-35 du surnom de "dinde", ce qui veut tout dire sur les capacités de vol de l'avion.


4) Le Saab Gripen E n'avait pas brillé lors de son évaluation effectuée par l'armée suisse entre 2008 et 2011 et son achat a logiquement été rejeté en votation populaire en 2014. Il n'y a aucune raison que son évaluation soit meilleure 6 ans plus tard.


3) L'Airbus Eurofighter a connu des surcoûts et retards, en raison de son développement par 4 pays (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne), fournissant chacun des pièces et multipliant ainsi les chaînes d'assemblage. L'idée d'un programme européen paraissait bonne aux pays concernés, mais dans ce cas là, le rapport qualité-prix est lui aussi défavorable.

Les deux finalistes semblent donc être tout désignés, le Dassault Rafale et le Boeing F/A-18 Super Hornet. A moins qu'un invité-surprise de dernière minute vienne jouer les troubles-fêtes ?

En effet, Lockheed-Martin (également constructeur du F-35 précité) a remis au goût du jour son mythique F-16. Cette nouvelle version, le F-16 Viper Block70/72, semble avoir un bon rapport qualité-prix. Le gouvernement slovaque vient d'ailleurs d'en commander 
(http://psk.blog.24heures.ch/archive/2018/07/11/la-slovaquie-opte-pour-le-f-16-viper-865968.htmlPourquoi la Suisse ne le teste pas ? Mystère. J'ai posé la question à Kaj-Gunnar Sievert, Responsable communication d'Armasuisse en charge de ce dossier, mais pas de réponse à ce jour.

Une autre question légitime que l'on peut se poser, au-delà du choix de l'appareil, c'est bien sûr de savoir si la Suisse a besoin de renouveler sa flotte d'avions de combat, ou alors de renoncer à avoir une force aérienne. Bonne question, mais difficile réponse.

Ces 70 dernières années, les conflits ont plutôt été asymétriques, opposant un acteur étatique et un acteur non étatique : 

  • guerres d'indépendance qui opposaient des guérillas locales aux puissances coloniales (Indochine/Vietnam, Afrique, etc.)
  • guerres civiles (ex-Yougoslavie, Syrie, Ukraine, etc.)
  • conflits de basse intensité
  • djihadisme, narco-guérillas et mafias, cyber-terrorisme, etc.

La force aérienne n'est pas forcément l'échelon d'intervention le mieux adapté dans le cadre de ces conflits asymétriques, qui sont plutôt low tech / low cost. D'un autre côté, comment prédire ce que nous réserve ce XXIème siècle, dont les 18 premières années ont été des plus chahutées, des attentats du 11 septembre 2001 à tous les autres qui ont suivi, à la crise financière de 2007-2009 dont les conséquences ne sont pas terminées (endettement, taux zéro, etc.), aux conflits du Proche et Moyen-Orient (Libye, Syrie, Irak, Yémen, Afghanistan, etc.) ? Si on ne peut pas prédire l'inconnu des prochaines décennies, peut-être vaut-il alors mieux s'en prémunir de la manière la plus large possible.

samedi 30 juin 2018

Les suédois : prévoyants ou paranos ?

Il y a environ un mois, le gouvernement suédois a distribué à toute sa population une petite brochure intitulée en anglais "if crisis or war comes" (éditée à presque 5 millions d'exemplaires en 13 langues).
Dans les médias internationaux, les commentaires des journalistes (et des lecteurs) allaient de la pondération (les suédois sont des gens sages et prévoyants), en passant par le moquerie, jusqu'au diagnostic médical (les suédois sont fous et paranos).

Comme d'habitude, les gens qui commentent se renseignent rarement alors j'ai décidé de lire cette brochure (https://www.msb.se/en/Tools/News/The-brochure-If-Crisis-or-War-Comes-is-available-to-download/)

Que peut-on y apprendre ?

Dans un premier temps, le gouvernement expose quelques risques (inondations, pénuries, coupures de courant) et leurs conséquences : plus de chauffage, ruptures d'approvisionnement (eau, aliments, essence, cash, médicaments et soin, réseaux téléphonique et internet, etc.).

S'en suivent quelques conseils évidents si on suit cette logique précitée : il est recommandé à chaque citoyen d'avoir un petit stock d'eau, de nourriture et les moyens de se tenir au chaud sans chauffage (couvertures), de s'éclairer et de s'informer sans électricité (bougies, lampes et radio à piles), et avoir un peu de cash et les médicaments usuels ou nécessaires (traitement en cours) à portée de main. A noter que la brochure contient à ce propos quelques suggestions et check lists.

La brochure met ensuite en garde contre les fausses informations, la propagande, les attaques terroristes, les cyber-attaques, les sabotages d'infrastructures, etc. et informe des moyens existants au service de la population (sécurité militaire et civile, système d'alerte, abris, etc.).

En bref, que du bon sens, rien qui ne justifie à mon sens ni les moqueries, ni les invectives.

vendredi 11 mai 2018

Convergence d'événements menant à l'isolationnisme US : Opportunité ou soumission pour l'Europe ?

Le but de ce blog n'est pas de relayer des pseudo-scoops ou autres nouvelles à sensation. Toutefois, plusieurs événements survenus cette semaine peuvent imprimer des tendances lourdes sur les prochains mois et années et méritent donc d'être relevés.

Ils ne sont que la continuité d'éléments ayant déjà fait l'objet d'articles l'an passé : refus US de s'engager sur l'assistance mutuelle entre pays membres de l'OTAN (pourtant prévue par l'article 5 du traité de Washington), sortie de l'accord de Paris sur le climat décidée par Trump (http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/06/bye-bye-america.html), extra-territorialité des sanctions américaines contre la Russie (http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/08/les-fausses-bonnes-nouvelles.html).

Les événements de cette semaine ne sont donc pas nouveaux, mais ne sont qu'un enième épisode d'un feuilleton commencé il y a un an. Ils ajoutent les éléments supplémentaires suivants à la politique isolationniste menée par Trump :

1) Retrait américain de l'accord nucléaire sur l'Iran, soutenu uniquement par Tel-Aviv et Riyad (ce qui confirme l'existence d'un axe USA-Israël-Arabie)

2) Annonce d'un retour des sanctions US sur toutes les entreprises qui feraient affaire avec l'Iran (extra-territorialité des sanctions américaines)

3) Inauguration de l'ambassade américaine à Jerusalem

(un 4ème non-événement a eu lieu aussi cette semaine, frappes croisées sur Israël depuis la Syrie, et vice-versa : gesticulations militaires qui resteront sans aucune suite. Comme déjà écrit à l'automne 2016, le conflit syrien restera plus ou moins circonscrit  http://actufreddeion.blogspot.ch/2016/10/ww3.html).

Quelles seront donc les conséquences de l'isolationnisme US, et de l'extra-territorialité de leurs sanctions économiques ?

Pour ce qui est de la Chine et de la Russie, elles continueront sans surprise à commercer avec l'Iran en se moquant des menaces de rétorsion américaines.

Pour ce qui est de l'Europe... 

Soit elle s'aligne sur les sanctions US et reste le valet soumis à son maître. 

Soit elle s'en affranchit et mène enfin une politique économique et commerciale souveraine, ce qui amorcera enfin un rapprochement avec la Russie et la Chine. Inutile de dire que cela fera froncer quelques sourcils Outre-Atlantique.

Espérons toutefois que c'est cette deuxième option qui sera retenue... à suivre ces prochains mois.