vendredi 28 avril 2017

Armée versus GSsA

Ce 11 avril, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a lancé la récolte de 100'000 signatures, nécessaires pour faire voter sa nouvelle initiative populaire visant à interdire à la Banque Nationale Suisse, ainsi qu'aux caisses de pensions et de retraites, d'investir dans l'industrie d'armement.

Par le passé, quel a été le succès des initiatives populaires déjà lancées par le GSsA ?

En 1989, la première initiative du GSsA pour une Suisse sans armée obtient 35% d'avis en faveur de la suppression de la défense nationale (qui comptait 620'000 soldats, sans les réservistes, au moment de la votation). Ce résultat a eu le mérite de provoquer un séisme au sein de la grande muette, et au-delà.

Conséquence indirecte de cette votation, les réformes militaires se suivront sans interruption pour les trois décennies suivantes :
  • réforme "Armée 95" (1995) : durée de service réduite, suppression des classes d'âge et regroupement par incorporation, réduction de l'effectif à 390'000 soldats
  • introduction du service civil en 1996
  • réforme " Armée XXI" (2004) : réduction de l'effectif à 220'000 soldats et durée du service réduite
  • réforme "DEVA" (développement de l'armée, en cours) :  réduction de l'effectif à 100'000 soldats qui seront complètement équipés, réintroduction d'un système de mobilisation (8000 soldats sous 3 jours, 35'000 les 10 jours suivants)
Nonobstant ces réductions de budget et d'effectifs, le GSsA poursuit avec un insuccès certain le lancement d'autres initiatives visant à détricoter l'armée. Comme la suppression pure et simple de l'armée a échoué en 1989, la tactique du salami est souvent privilégiée :
  • initiative pour une Suisse sans nouveaux avions de combat (visant à éviter l'achat de 34 F/A-18 décidé par le parlement), rejetée en 1993 par 57% des votants
  • seconde initiative pour une Suisse sans armée, couplée à une initiative pour un service volontaire pour la paix, refusées en 2001 par respectivement 78% et 77% des votants
  • initiative pour l'interdiction d'exporter du matériel de guerre, rejetée en 2009 par 68% des votants
  • initiative pour la protection face à la violence des armes, introduisant une clause du besoin (justification pour toute possession d'arme à feu), l'obligation du stockage des armes militaires à l'arsenal, et la mise en place d'un registre national. Le texte est rejeté en 2011 par 56% des votants.
  • initiative pour l'abrogation du service militaire obligatoire, refusée en 2013 par 73% des votants
Pourquoi cet entêtement ? Pour le GSsA, plus aucune menace d'ordre militaire ne pèse sur la Suisse depuis l'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est, et la disparition du Pacte de Varsovie.

L'actualité semble pourtant indiquer plutôt le contraire : il n'y a jamais eu autant de guerres dans le monde, d'attentats terroristes et de dépenses d'armement. Rien qu'en Europe, les récents conflits yougoslaves (1991-2001) et ukrainien (en cours) indiquent que notre continent n'est pas à l'abri de confrontations meurtrières.

Le passé nous indique lui aussi qu'il n'y a que trop peu de périodes sans troubles, et lorsqu'il y en a, elles sont éphémères. Une phrase extraite du film "Fury" vaut à elle seule tous les discours : "Les idéaux sont pacifiques, l’Histoire est violente".

Fred Deion

dimanche 23 avril 2017

La France game over

(article également publié, repris ou cité sur les sites http://lesakerfrancophone.fr/la-france-game-over, http://reseauinternational.net/la-france-game-over/, http://free.niooz.fr/la-france-game-over-17953195.shtml, https://planetes360.fr/france-game-over/, http://www.le-veilleur.com/article/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er, http://lesmoutonsenrages.fr/2017/05/02/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er/, http://leblogdygrec.blogspot.ch/2017/05/du-cauchemard-la-realite-ce-qui-nous.html, http://www.brujitafr.fr/2017/05/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er.html, https://www.crashdebug.fr/actualites-france/13570-du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er)

On a d'abord eu la "France Orange mécanique", titre du premier livre de Laurent Obertone, dans lequel il dénonce les peines de prison non effectuées chaque année en France, l'absence d'effet dissuasif d'un système judiciaire laxiste et l'impunité qui en découle.

On a eu ensuite "La France Big Brother", du même auteur, où il pointe du doigt les manipulations et la désinformation dont se rendent coupables les médias, au point de faire passer l'oligarchie politico-médiatique française pour l'avatar du parti totalitaire décrit dans "1984", le fameux livre de George Orwell.

On a eu enfin  "La France djihadiste" d'Alexandre Mendel, voyage dans les quartiers radicalisés des banlieues, où le repli communautaire a triomphé de l'intégration multiculturelle voulue mais en échec.

Et maintenant ? Bienvenue dans "La France game over".

Pourquoi "game over" ? Après ce premier tour de l'élection présidentielle, les perspectives ne sont en effet pas des plus réjouissantes.

Avant d'évoquer le futur, petit retour dans le passé, précisément le 21 septembre 2007. Ce jour-là, le premier ministre François Fillon visite une exploitation viticole de Calvi, en Corse. Il ose alors dire la vérité suivante : "Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d'un État qui est depuis quinze ans en déficit chronique, je suis à la tête d'un État qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Ça ne peut pas durer."

Son programme en tenait compte. Il aurait certainement engagé les réformes structurelles dont l'économie française a un besoin urgent pour sauver sa compétitivité, et donc l'emploi. Y serait-il parvenu ? Aurait-il reculé face à la pression de la rue ? Aurait-il gardé le cap avec la même détermination qu'il a maintenu sa candidature contre vents et marées ? On ne le saura jamais. Englué dans les affaires, mis en examen, les électeurs se sont détournés à juste titre d'un candidat perçu comme malhonnête.

Au deuxième tour, exit donc les deux formations historiques, parti socialiste et les républicains, et place à l'affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. D'un côté, des propositions tranchées sur les questions sécuritaires, migratoires et identitaires, mais frileuses sur les réformes économiques qu'il serait pourtant nécessaire de mener. De l'autre, un programme économique de centre mou, qui n'a pas fait ses preuves lorsque son héraut était ministre de l'économie et de l'industrie (laquelle ?) pendant deux ans.

En résumé : dans les deux cas, pas de remise en question des 35 heures, pas d'augmentation de l'âge de la retraite (malgré l'évidence démographique), pas de simplification/assouplissement du droit du travail, pas de mesures réelles et concrètes pour désendetter le pays.

Par conséquence, la France va rester enlisée dans ses problèmes de compétitivité structurelle, son taux de chômage va se maintenir au-dessus d'un 10% incompressible, sa déindustrialisation et son endettement vont se poursuivre, et son déclin économique amorcé depuis 40 ans ne va pas s'inverser.

Pour continuer d'acheter la paix sociale, l'Etat se substituera alors au marché du travail en poursuivant le versement d'indemnités, RSA et/ou autres  allocations. Et lorsqu'il ploiera finalement sous sa dette qui n'aura cessé d'augmenter, le rating de la France sera encore dégradé par les agences de notation en dessous de la zone des "A" pour arriver dans la zone des "B". Cette dégradation empêchera les investisseurs institutionnels de financer le déficit public, et la France n'aura plus pour seule alternative, comme la Grèce avant elle, que de se tourner vers le FMI et la BCE. Avec pour inconvénient majeur, le diktat venu de l'extérieur : "qui paie, décide". Les réformes que la France n'a pas su faire, lui seront imposées par d'autres.

vendredi 17 mars 2017

EU Gun Ban / interdiction des armes

Ceci sera l'article le plus court de ce blog.

Ce 14 mars 2017, le parlement européen a adopté les restrictions sur les armes détenues légalement  par les honnêtes citoyens, bien qu'aucune arme achetée légalement n'ait jamais été utilisée en Europe pour commettre un acte terroriste.

Voici le texte :http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+TA+P8-TA-2017-0068+0+DOC+PDF+V0//FR

Il ne reste plus qu'à espérer que le parlement suisse ne reprenne pas ce droit européen dans la loi suisse sur les armes, même si la reprise automatique de l'acquis Schengen nous l'impose.
Et si notre parlement cède face au diktat européen, le dernier espoir réside dans la population suisse, qui sera appelée à se prononcer via le référendum qui ne manquera pas d'être exigé.

En attendant le verdict populaire, la résistance s'organise, via des pétitions en ligne :
Signez et faites signer !

Fred Deion #iamthegunlobby

jeudi 2 mars 2017

"Vers la guerre civile moléculaire", conférence de Bernard Wicht

Le titre de cette conférence illustre à lui seul l'évolution de la situation en Europe : ses façades Sud (Afrique du Nord) et Est (Proche-Orient) sont la proie au mieux du chaos, au pire de la guerre, tandis que le déferlement migratoire continue à se succéder de façon incontrôlée.

Alors pourquoi "guerre civile" ? parce que ce conflit ne se déroule pas sur un champ de bataille, mais prend place au sein de la société, à l'intérieur même du corps social.
Pourquoi  "guerre moléculaire" ? parce que les prochaines guerres ne seront pas le fait d'armées nationales mais de petits groupes : terroristes, guerrilleros ou bandits, qui s'appuient sur le fanatisme et l'idéologie.

Quelles sont les caractéristiques de l'armée ennemie ?
  • elle est transnationale : mafias et trafiquants, terroristes, etc.
  • elle est low tech/low cost : l'armement utilisé est celui d'un fantassin, soit principalement le fusil d'assaut (en général Kalachnikov AK47)
  • elle met en scène un récit commun, basé sur les émotions, les ressentiments, les frustrations
  • sa tactique : créer l'insécurité, par exemple via des attentats, zébrer les territoires : alors que l'Etat parvient à contrôler/sécuriser certaines régions, d'autres sont abandonnées et deviennent des zones de non droit
  • elle se finance via l'économie grise : hold-up, chantage, extorsion, trafics, enlèvements...
Comment les démocraties perdent ces conflits de basse intensité ?
  • elles n'identifient  ni la menace, ni l'ennemi (les guetteurs des banlieues sont tolérés, les milices citoyennes, non)
  • elles sont en panne de cause; car par beau temps, on peut se soucier des droits de l'homme et du multiculturalisme; mais quand les nuages s'amoncellent, les populations se préoccupent avant tout de leur emploi, de leur pouvoir d'achat, de leur sécurité; le système démocratique qui ne répond pas à ces attentes devient instable (virage populiste ?)
  • elles connaissent une dérive policière et autoritaire (état d'urgence, surveillance des habitants)
  • elles désarment leurs citoyens (voir la nouvelle directive établie par la Commission européenne, qui sera applicable à tout l'espace Schengen)
  • elles sont exposées à des risques de guerres civiles potentielles
Quelle est la solution ? il faut retrouver une échelle d'organisation adaptée au conflit.
L'organisation politique doit donc être à la même échelle que l'ennemi, et au niveau de la menace.
Sinon c'est la défaite, comme par exemple pour les Etats-nations qui n'étaient pas l'échelle adaptée pour les guerres de décolonisation (armée régulière vs guerilla)
Il faut également :
  • comprendre que la guerre c'est le désordre
  • distinguer dedans/ami et dehors/ennemi, distinction qui doit être rétablie; les gangs qui tiennent les banlieues françaises l'appliquent via la présence de guetteurs qui signalent toute intrusion
  • redéfinir l'unité militaire (se mettre à l'échelle)
  • travailler dans la marge d'erreur du système : être capable de faire ce que l'Etat ne peut plus ou ne veut plus faire
  • construire la deuxième ligne de défense : lorsque la 1ère ligne de défense étatique cède (police, armée), une 2ème ligne est prête à prendre le relais (par exemple milice citoyenne)
Le Mexique est l'un des meilleurs exemples actuels de guerre civile moléculaire, où les gangs, cartels, narcotrafiquants sont de mèche avec l'armée et la police corrompues.
La population civile ne sachant plus vers qui se tourner pour assurer sa sécurité, des milices locales se sont organisées pour rendre son quartier ou son village sûrs.

Cette guerre civile moléculaire est un nouvel équilibre de la terreur au niveau du citoyen, car il est devenu une cible (attentats); mais ce citoyen, est-ce qu'il est prêt, est-il en mesure de faire face, de répondre à cette menace ?

Fred Deion

dimanche 26 février 2017

Interview de la députée européenne Dita Charanzová sur les restrictions sur les armes

Voici la version française (traduite par mes soins) de l'interview de la députée européenne Dita Charanzová au sujet des restrictions prévues par l'Union Européenne sur l'achat et la détention légale d'armes par les citoyens. La version anglaise a été publiée sur https://firearms-united.com/2017/02/19/eu-gun-ban-dita-charanzova-speaks-out-to-firearms-united/ et sur https://www.gunsweek.com/en/current/articles/eu-gun-ban-dita-charanzova-speaks-out-firearms-united

Q : Mme Charanzová, comment avez-vous vécu ce processus complet en qualité de rapporteur fictif  ? ("shadow rapporteur", député qui suit un dossier pour un groupe politique autre que celui du rapporteur - note du traducteur).
Dita Charanzová : Je dois dire que depuis que je suis présente et que je travaille à Bruxelles - d'abord comme employée à la représentation permanente de la République tchèque, puis comme députée européenne - je n'ai jamais été confrontée avec une proposition qui a été autant politisée, particulièrement au moment où les négociations se terminaient; et j'ai trouvé cela très décevant.
La Commission européenne a exercé une pression énorme pour faire adopter un texte qui contienne des restrictions aussi sévères que possible, et pour le faire adopter aussi vite que possible, sans être en mesure de donner quelque raison valable que ce soit pour justifier de telles restrictions.
Par exemple, une des exigences de base pour tout processus législatif approprié est d'effectuer une estimation d'impact - une évaluation de la situation actuelle et une expertise sur l'impact des changements proposés, et leurs bénéfices et coûts attendus.
La Commission européenne a négligé de présenter cela, ils se sont contentés de se référer à quelques anciennes études. De plus, ces études ne traitaient que de quelques questions partielles. Pourtant, une étude d'estimation d'impact est une ligne directrice clé pour les députés lorsqu'ils prennent leurs décisions; c'est pourquoi je l'ai réclamé à plusieurs reprises à la Commission, même pendant les sessions publiques de l'IMCO (commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs - note du traducteur).
Q : Un autre exemple de cette problématique est celui de l'approche du public. Avant de présenter leur proposition, la Commission européenne lança deux consultations publiques, mais leur proposition ne repris rien des plus de 28'000 réponses reçues. Alors, pourquoi donc ces consultations sont lancées ?
Dita Charanzová :C'est une bonne question - pour la Commission européenne. Je leur ai demandé moi-même cela durant la procédure publique; toutefois, cette question a été évacuée sans aucune réponse.
Q : Quel est le rôle actuel de la Commission européenne dans ce processus législatif ?
Dita Charanzová : La Commission a le droit d'initiative. Cela signifie qu'elle peut émettre la proposition législative, mais elle ne peut pas l'approuver. En pratique, la Commission prépare la proposition législative et la présente avec les expertises techniques - comme l'étude d'estimation d'impact - au Conseil et au Parlement. Ces deux organes ont le droit de décider, soit en approuvant ou ou en rejetant cette loi. Durant cette procédure, la Commission fournit des informations techniques et des opinions d'experts à la demande du Conseil ou du Parlement. Si la Commission a une raison de le faire, elle peut même retirer sa proposition.
Toutefois, tout s'est passé à l'inverse de ceci avec cette proposition de directive.
Nous avons demandé à de nombreuses reprises une étude d'estimation d'impact qui aurait indiqué combien de personnes et d'armes seraient impactées par ces restrictions, et combien de crimes et d'attaques terroristes étaient commises avec ces armes. Pas de réponse.
Quand nous avons insisté là-dessus, au lieu de produire une étude d'estimation d'impact, la Commission posa ces questions aux Etats Membres sous la forme d'un questionnaire, et nous en présenta les résultats. Et les résultats étaient que le nombre de personnes impactées se compteraient au moins en centaines de milliers.
Ces procédures étaient vraiment non standard. Les représentants de la Commission amenèrent certains changements de dernière minute qu'ils n'étaient pas capables de justifier - ils n'étaient absolument pas préparés du tout. Dans un cas, ils ont même essayé de répondre à mon objection par une définition prise dans Wikipedia. Heureusement, c'en était trop, et pas seulement pour moi, et ce point a été rejeté.
Q : A votre avis, pourquoi la Commission procède ainsi ? Quel est le contexte historique de de cette situation ?
Dita Charanzová : Je ne veux pas faire tourner ici une théorie complotiste. Toutefois, une des raisons de l'éminent intérêt de la Commission est que, pour le moment, c'est la seule proposition qui prétend aborder la question de la dégradation de la sécurité dans l'Union Européenne. Que cette proposition soit efficace ou pas, ils n'ont rien d'autre.
Ce n'est également pas un secret que la Commission a été fortement poussée dans ce positionnement par la France, qui doit présenter quelque chose à ses citoyens avant les élections présidentielles d'avril.
Malheureusement, même le rapporteur et des collègues d'autres groupes ont finalement succombé à cette pression. Je n'ai cependant pas succombé à cette pression car premièrement et avant tout, je représente les citoyens tchèques et leurs droits légitimes.
Q : Les détenteurs d'armes de la République tchèque réagirent passionnément contre cette proposition, et des réactions similaires vinrent d'autres pays européens, y compris de Suisse. Ces réactions n'étaient pas dirigées juste sur la directive, mais sur l'Union Européenne dans son ensemble.
Dita Charanzová : Oui, une partie du Parlement voit ce risque. Les députés libéraux de notre groupe signalent que la Commission transforme beaucoup de citoyens européens en ennemis de l'Union Européenne sans raison. Toutefois, la plupart des députés ont soutenu cette proposition, parce que la Commission déclara que si le Parlement refusait d'approuver cette proposition, il serait accusé de refuser de protéger la population contre le terrorisme.
Nous sommes en train de jeter le bébé avec l'eau du bain. Nous avons besoin d'une Europe plus sûre, et je suis la première à voter pour cela. Cette directive pourrait être bénéfique sans empiéter sur les libertés individuelles - par exemple, en s'assurant que les armes désactivées le soient correctement et de manière irréversible. La direction que prend la Commission est cependant complètement fausse. Pour rendre la directive fonctionnelle et utile, nous devons la préparer comme la loi tchèque sur les armes a été préparée : basée sur des faits, en l'examinant minutieusement, et en ne limitant les libertés individuelles pas plus qu'il est absolument nécessaire de le faire pour assurer la sécurité commune. C'est ce que j'ai exhorté à faire durant tout le processus législatif.
Q : Quelles seront vos prochaines actions ?
Dita Charanzová : La prochaine étape est le vote à la session plénière du Parlement Européen, en mars. J'essaierais de proposer quelques amendements. Je dis "j'essaierais" car un seul député ne peut pas proposer des amendements en session plénière; seuls des groupes de 40 députés ou un groupe entier peut le faire. C'est pourquoi je dois travailler à fédérer ce soutien.
Le Parlement doit ensuite voter les amendements proposés. Je n'essaierai pas de donner de pronostic sur le résultat, mais il sera influencé par de nombreux facteurs. Le processus législatif n'étant pas terminé, nous devons donc continuer à nous battre.
En cas de défaite au Parlement Européen, recourir contre la directive à la Cour Européenne de Justice est la possible étape suivante - et je soutiendrais cette étape.

Note du traducteur : au-delà des restrictions à l'achat et à la détention légale d'armes, cet interview illustre très bien l'ingérence de la Commission Européenne (non élue par le peuple) dans le processus législatif européen, et l'amateurisme et l'impréparation de ses représentants.
Je tiens enfin à remercier firearms-united de m'avoir autorisé à traduire et publier cet interview, et Dita Charanzová pour défendre les droits de tous les détenteurs légaux d'armes en Europe.
Fred Deion #iamthegunlobby

Décrets de Trump pour démanteler la réglementation financière : le début de la fin

(article également publié sur le site http://lesakerfrancophone.fr/)  

On parle beaucoup du décret anti-immigration de Trump, interdisant notamment l'entrée aux USA de ressortissants de sept pays (sept pays qui ont tous subi des invasions, attaques ou embargos de la part des différentes administrations américaines).
Pourtant, ce décret inutile ne fait que stigmatiser un grand nombre de personnes, avec un effet nul sur la lutte contre le terrorisme, voire contre-productif : en attisant les haines, cela peut susciter des vocations au djihad anti-US et au martyr. Sans oublier qu'un attentat, même meurtrier, hormis ses malheureuses victimes, sa charge émotionnelle et son buzz médiatique, n'a qu'une portée limitée.

Par contre, on parlera un peu moins de la volonté affichée de détricoter l'insuffisante réglementation du système financier mise en place après la crise des subprimes de 2008.

Dommage !

En effet, l'abrogation des deux décrets visant la loi Dodd-Frank et la règle Volcker aurait une portée systémique.

Pour rappel, la loi Dodd-Frank de 2010 a créé le bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) chargé de réguler les prêts hypothécaires et les cartes de crédit, suite aux abus constatés lors de la crise des subprimes. Cette loi a aussi obligé les banques à augmenter leurs fonds propres et subir des tests annuels de résistance ("stress tests", qui valent ce qu'ils valent...), afin d'éviter une faillite comme celle de Lehman Brothers.
Quant à la disposition de la loi Dodd-Frank qui visait à éviter la corruption pour l’obtention de concessions, elle a d'ores et déjà été abrogée. Désormais, les compagnies pétrolières et minières américaines ne sont plus obligées de rendre public les sommes versées aux gouvernements étrangers.

La règle Volcker empêche les banques de pratiquer la spéculation pour leur propre compte et vise à freiner leurs investissements spéculatifs avec l’argent de leurs clients : l’objectif consiste à éviter le financement d’actifs risqués par des dépôts garantis par l’Etat fédéral (rappelons que la crise financière de 2008 a coûté 1000 milliards de dollars au contribuable américain, argent public qui a servi à renflouer des banques privées).
Le deuxième décret vise aussi la règle fiduciaire qui oblige les conseillers financiers à agir dans l’intérêt de leurs clients. Cette règle les empêche actuellement de conseiller à leurs clients des placements pour lesquels les commissions sont les plus élevées, ou d'acheter des produits, alors que leur banque spécule contre ces mêmes produits.

Comment justifier la remise en cause de deux législations qui visent à éviter les excès sur les marchés financiers et à protéger davantage les consommateurs ?

Selon les républicains, cette législation était nuisible tant pour les banques que pour les consommateurs. L’association bancaire ABA s’est elle félicitée de cette initiative «qui devrait permettre de libérer le pouvoir de l’industrie bancaire».
Le directeur du Conseil économique national à la Maison Blanche Gary Cohn (ancien numéro deux de Goldman Sachs) a déclaré que l’objectif de déréglementer les marchés financiers n’était pas une faveur accordée aux banques.
«Il s’agit d’être un acteur sur le marché mondial où nous devons, pouvons et aurons une position dominante. Les banques vont être en mesure de fixer leurs prix plus efficacement et donc au mieux pour les consommateurs. Les Américains vont pouvoir faire de meilleurs choix et accéder à de meilleurs produits financiers».

Ha la bonne blague.

Lors de sa campagne électorale, M. Trump avait pris la défense des populations défavorisées, mises à la rue par la crise des subprimes, en fustigeant l’attitude des banquiers de Wall Street. Pourtant, ces derniers sont largement représentées au sein de sa nouvelle administration :
  • Steven Mnuchin, 17 ans chez Goldman Sachs, repreneur de la OneWest Bank, leader des saisies sur le segment des personnes âgées en expulsant des dizaines de milliers d’Américains de leur maison, nommé secrétaire au Trésor
  • Wilbur Ross, ex-banque Rotschild, repreneur d'entreprises en difficultés et restructurées à coup de milliers de licenciements, nommé secrétaire au Commerce
  • Stephen Bannon, ex-Goldman Sachs, nommé conseiller de la Maison Blanche
  • Paul Atkins, ex-membre de la Securities and Exchange Commission (SEC), CEO d'une entreprise de services financiers, nommé conseiller sur la réglementation financière
  • Le déjà cité Gary Cohn, ex-numéro deux de la banque d’affaires Goldman Sachs, nommé directeur du Conseil économique national.
Réactions

Le démantèlement de cette réglementation financière suscite heureusement quelques réactions, par exemple de l’ONG Public Citizen : «Revenir sur ces règles montre que l’administration Trump est du côté de Wall Street», du sénateur démocrate Charles Schumer «le président Trump qui avait promis de tenir tête aux grandes banques, leur permet maintenant d’écrire le code de la route» ou encore du ministre suédois des marchés financiers «Donald Trump est bel et bien une menace pour la stabilité financière. C'est dangereux, nuisible et extrêmement malheureux à l'époque où nous vivons».

 Pronostic

A partir de là, il n'est pas difficile de pronostiquer une prochaine crise financière, en bis repetita de celle de 2008. Car imaginer que les banques, sans le corset d'une réglementation minimale, soient raisonnables plutôt que cupides, relève d'une naïveté presque insultante.
Alors elles prendront tous les risques en dépit du bon sens,  jusqu'au krach final. Cette fois, qui viendra sauver les banques ? Les Etats, déjà surendettés depuis 2008 ? Les banques centrales, exposées par leurs achats massifs de titres financiers qui font exploser leurs bilans ?

C'est d'autant plus regrettable qu'un effondrement du système est l'affaire de tous :
  • pour les épargnants, risque de ponction sur les comptes, comme à Chypre en 2013
  • pour les propriétaires insolvables, saisie du logement, comme lors de la crise des subprimes
  • pour les contribuables, si l'Etat devient prédateur pour renflouer ses caisses vides
  • pour les retraités, si le paiement des rentes ne peut plus être honoré
  • pour les salariés, si leur entreprise dépose son bilan
En 2008, nous avons vu que les banques ne prêtaient plus, par crainte que l'emprunteur fasse faillite et ne rembourse pas. Conséquence : tout le système de crédit peut se bloquer.
Or, l'économie réelle a elle aussi besoin d'avoir accès au crédit pour échanger, acheter et vendre. Conséquence : sans crédit, plus de commerce; et sans commerce, tout s'arrête.

Les décrets présidentiels US n'ont toutefois pas force de loi. Toute modification devra suivre un processus législatif qui se compte en années plutôt qu'en mois.
Dans l'intervalle, on assistera dans un premier temps à une euphorie boursière basée sur ces bonnes dispositions. Cette allégresse sera propice, comme chacun le sait, à un futur krach.
Rendez-vous est pris pour dans quelques années : ce ne sera donc pas pour tout de suite, mais ce sera saignant.

Fred Deion

jeudi 2 février 2017

Quelle est la menace ?

J'ai assisté récemment à une présentation donnée par un professionnel suisse du renseignement au sujet de la menace. Comme les risques qui sont identifiés pour la Suisse peuvent s'appliquer à fortiori aux pays voisins, il ne me semble pas inutile de les rappeler ici :

1) En premier lieu, il y a évidemment le djihadisme en provenance du Proche et Moyen-Orient, ainsi que de l'Afrique du Nord et saharienne. Les deux organisations terroristes les plus développées, Al Qaïda et Daesh, ont ciblé la France, la Belgique et l'Allemagne en Europe occidentale ces deux dernières années. Les menaces sont multiples :
  • auto-radicalisation sur internet, conversions en prison...
  • modes opératoires à imiter (attentats clé en mains), même avec très peu de moyens logistiques (armes blanches, camion en location, etc.)
  • risque du retour des voyageurs du Djihad, qui ont effectué là-bas des corvées d'entretien ou autre (WC, cuisine, etc.), reviennent frustrés et motivés à passer à l'acte ici
2) Conséquences des migrations incontrôlées, en raison de la poursuite des conflits au Proche et Moyen-Orient.

3) Cyberattaques, espionnage économique, bancaire, industriel, scientifique, etc.

Rapport de situation


Jusque là, rien de bien nouveau. Je suis donc allé sur le site du service de renseignement de la Confédération (SRC) http://www.vbs.admin.ch/fr/ddps/organisation/unites-administratives/service-renseignement.html et j'y ai trouvé son rapport de situation 2016. Au fil de ses 80 pages, s'y trouvent quelques passages qui sont dignes d'être relevés :
  • tensions sociales à craindre, en raison de la persistance de la crise de la dette en Europe du Sud, de l'instabilité du système bancaire et de la fragilité de la zone euro
  • l'économie mondiale jugée en "perte de vitesse"
  • les dysfonctionnements sur les marchés des matières premières et de l'énergie, qui peuvent menacer nos approvisionnements
A de nombreuses reprises dans de précédents articles sur ce blog, j'avais déjà évoqué ces risques systémiques que font peser le système financier http://actufreddeion.blogspot.ch/2016/10/conference-de-myret-zaki-olivier.html ou cette problématique des ressources http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/01/2016-ce-qui-fait-le-buzz-et-ce-qui.html

S'y ajoutent d'autres dangers à plus long terme, comme le réchauffement climatique et la bombe à retardement démographique (surpopulation et vieillissement)...

Le SRC sortira son rapport de situation 2017 en mai. Développera-t-il ces tendances lourdes, plus dangereuses pour notre avenir commun que le retour de djihadistes, certes aguerris et déterminés ? J'y reviendrai, si la nouvelle mouture de ce rapport mérite un article (?).

Fred Deion

lundi 16 janvier 2017

La finance en 2017, brève tendance vs pronostic

Pour certains, les deux premières économies du globe, les USA et la Chine, sont les deux moteurs de la croissance mondiale.

Voilà qui n'annonce rien de bon... Pourquoi ?

La croissance chinoise ne repose que sur des investissements massifs consentis dans la construction : immobilier, infrastructures de transports, etc.
Cela ne vous rappelle rien ?
Mmm... l'Espagne des années 2000 ? le miracle (mirage ?) ibérique devenu cauchemar dès la crise de 2008, jusqu'à aujourd'hui, et pour (très) longtemps encore.
Mais la recette castillane est remise au goût du jour à la mode cantonaise : pour investir, on s'endette, jusqu'à l'indigestion.
Le modèle a ses limites (les arbres ne poussent pas jusqu'au ciel) et les premiers symptômes d'essoufflement de l'économie chinoise ne vont pas tarder à apparaître.
Un des signes avant-coureur est déjà survenu : les chinois fortunés sortent leur argent de leur pays (ce qui montre la confiance qu'ils ont dans leur économie), pour éviter le risque d'une chute du yuan qui les ruinerait.
En parallèle, les réserves de change baissent alors que la dette chinoise continue de monter.

De son côté, le président élu Trump a annoncé une relance budgétaire (qui augmentera encore le déficit public), pour lui aussi investir dans la construction (dont un certain mur, qui ne sera pas payé par le Mexique, quoiqu'il en dise...) et les infrastructures, de pair avec une politique protectionniste pour protéger l'économie américaine des importations venant de l'étranger.
Mais comme les USA se financent jusqu'ici en bonne partie grâce à l'épargne internationale, est-ce que le reste du monde consentira à continuer à lui prêter, s'il n'est plus possible d'y exporter leurs biens et services ?
L'alternative pour les USA sera donc de financer à nouveau eux-mêmes leur déficit via un quatrième QE (création de monnaie via un assouplissement quantitatif), ce qui revient à faire tourner la planche à billets.
Malgré cela, il n'y aura aucune hausse de l'inflation (à l'instar du modèle japonais, autre exemple de cuisine économique indigeste), et la réserve fédérale US renoncera à remonter ses taux d'intérêts.
Rien de plus logique, au vu de l'endettement abyssal US, présent et futur.
Mais attention, en matière de dettes, les arbres aussi ne montent pas jusqu'au ciel.

Fred Deion

samedi 14 janvier 2017

Interview de Daniela Cerqui "les robots et nous"

Une fois n'est pas coutume, un peu de science-fiction.
Car quand celle-ci interpelle et nous remet à notre juste place dans l'échelle du temps, elle vaut ce petit détour.
Dans l'émission citée en titre, Daniela Cerqui, anthropologue de la technique à l'université de Lausanne, est brièvement intervenue hier sur la RTS en répondant à la question : "Les robots sont-ils notre futur ou notre fin ?"
Voici sa réponse :
"Le schéma évolutionniste nous dit que la nature va du plus simple au plus complexe, et qu'il n'y a pas de raison que nous soyons l'aboutissement. Cela veut dire que ce "nous" du futur, ce ne sera pas "nous". Ce sera soit un être qui ne se qualifiera plus d'"homo", que ce soit sapiens ou autre chose, et qui considérera que l'humain est une espèce comme nous considérons le singe, ou alors se considéreront-ils comme homo sapiens sapiens sapiens, et considéreront notre espèce comme étant une espèce inférieure à l'échelle de l'évolution. C'est vrai que l'humain est une espèce parmi d'autres; beaucoup d'espèces ont disparu. Finalement, pourquoi est-ce que la notre ne disparaitrait pas ? (...) Dans ce cas, nous serions la première espèce à avoir programmé sa propre disparition."
Cette mise au point dérangeante qui remet en question notre prééminence vaut la peine d'être méditée... au même titre que cette lecture supplémentaire mérite le détour : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-grand-entretien/20140713.RUE4934/quand-nous-serons-tous-des-cyborgs-il-sera-trop-tard.html

Fred Deion

Source audio utilisée pour la retranscription de l'interview dans cet article :
http://www.rts.ch/play/radio/le-journal-du-matin/audio/les-robots-et-nous-55-les-robots-sont-ils-notre-futur-ou-notre-fin?id=8287565

lundi 9 janvier 2017

2016, buzz vs ce qui aurait du être médiatisé

(article également publié sur le site http://lesakerfrancophone.fr/

Chaque fin d'année, il est de coutume pour les médias de passer en revue les principaux événements qui ont jalonné les douze derniers mois.
Nous n'avons donc pas échappé à cette tradition, et pour 2016 cela a donné à peu près ceci :
  1. fraudes et malversations en tout genre, des Panama papers à la FIFA, jusqu'aux football leaks. Pour rester sur le thème du sport, mentionnons encore les dérapages du hooliganisme (pendant l'Euro) et du dopage (JO). Cette liste est malheureusement loin d'être exhaustive (scandales de corruption au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs, financements de partis politiques, évasion fiscale, etc.)
  2. élections et votations qualifiées de "populistes" :  Brexit, Trump, référendum italien... pas besoin de chercher bien loin les raisons de cette colère citoyenne : le point 1 ci-dessus devrait fournir un début de réponse (mais pas seulement). Les "élites" ne doivent donc pas s'étonner de leur perte de crédibilité auprès d'électeurs qui n'ont plus confiance dans le système, auprès de contribuables qui attendent que l'Etat qu'ils financent par leurs impôts soient à leur service et agissent dans leur intérêt. On en est loin : on a plutôt d'un côté des citoyens laissés-pour-compte, et d'un autre côté des élites qui font le choix de l'enrichissement personnel (y compris par des moyens illégaux), plutôt que de l'exemplarité (eu égard aux avantages licites dont ils bénéficient déjà). Le verdict des urnes en devient donc d'une haute prévisibilité et la sanction se traduit enfin par des votes de défiance.
  3. guerres en Syrie, Irak, Afghanistan, Lybie (pour ne citer que les conflits les plus médiatisés; des dizaines d'autres n'ont en effet pas l'honneur des titres). Au sujet du Proche et Moyen-Orient, on ne rappellera jamais assez que le vide sécuritaire laissé après les interventions militaires illégales occidentales (sous le faux prétexte de trouver des armes de destructions massives inexistantes) ont fait dans ces pays le lit du chaos et de l'anarchie, du djihadisme et de la barbarie, puis de l'immigration massive et incontrôlée vers l'Europe (qui reçoit plus d'un million d'immigré en 2015), et enfin du terrorisme international (les villes les plus régulièrement touchées étant Bagdad, Kaboul, Istanbul, alors que les attentats qui ont eu le plus d'échos en 2016 sont ceux de Bruxelles, Orlando, Nice et Berlin).
Abordons maintenant les sujets qui ne figurent pas à la une des rétrospectives de l'année, alors qu'ils constituent des tendances lourdes qui ne devraient en aucun cas être ignorés :

1) fragilité du système financier :
  • les politiques monétaires non conventionnelles (assouplissement quantitatif (QE)/rachat de dettes, taux zéros ou négatifs) menées par les banques centrales depuis 2008 sont inefficaces (aucune relance de la consommation ni de la croissance). Leur seul effet a été d'injecter de l'argent  dans les circuits financiers et ainsi de doper les cours boursiers, créant la plus grande bulle financière de l'histoire.
  • à l'inverse, ces taux zéro ou négatifs ont des effets déflationnistes et encouragent l'emprunt.
  • augmentation des transactions sans cash : la suppression du cash permettra effectivement d'imposer des taux négatifs à toute la population, ce qui reviendra à introduire un impôt sur l'épargne. De plus, qu'adviendra-t-il des dépôts en cas de problème informatique ou électrique ? Au vu du manque de confiance cité plus haut, les citoyens accepteront-ils de de céder à leurs gouvernants le pouvoir de contrôler, de manipuler, de confisquer leur épargne ?
  • surendettement croissant et massif de tous les acteurs économiques (Etats, entreprises, ménages). Pour prendre l'exemple américain, la dette US sur les cartes de crédit s'élève à $ 1000 milliards, celle sur les  prêts automobiles à $ 1100 milliards, celle sur sur les prêts étudiants à $ 1200 milliards, l'endettement total des ménages se monte à $ 12'290 milliards, la dette US corporate (entreprises) à $ 6'600 milliards, celle de l'Etat fédéral américain à $ 19'000 milliards... à quand la crise des subprimes, bis ?
  • problématique des banques trop grosses pour faire faillite toujours pas résolu (voir le récent sauvetage public des banques italiennes qui coûtera 20 milliards d'euros au contribuable cisalpin).
  • développement de la finance de l'ombre (shadow banking), qui n'est solvable que si les taux d'intérêts restent à zéro. S'ils remontent, krach garanti, et faillites d'entreprises en cascade assurées.
  • bulles boursières, spéculatives, de crédit (dette pourrie d'entreprises peu solvables, avec risque élevé de défaut). Si la bulle éclate, krach avec menace de contagion à tout le système financier (les craintes de faillites poussent les banques à ne plus se prêter de l'argent entre elles, donc tout le système de crédit se bloque; or, l'économie réelle a aussi besoin d'avoir accès au crédit pour commercer, acheter, vivre; donc sans crédit, plus de commerce, et sans commerce, tout s'arrête).
2) évolutions démographiques (contradictoires en apparence) : surpopulation mondiale (qui pèse sur les ressources) et vieillissement des populations dans les pays développés (qui pèse sur les pensions). Mais certains continuent toujours à espérer une baisse de l'âge de le retraite... 

3) corollaire du point précédent, raréfaction des ressources, couplée à la fragilité de nos systèmes d'approvisionnement qui nous fournissent en eau, alimentation, énergie, soins. D'où l'importance de produire et consommer local, décentraliser nos infrastructures pour qu'elles soient résistantes, durables et résilientes.

Alors, à quand la fin du buzz médiatique qui fait sensation, et la prise de mesures concrètes pour faire face aux vrais enjeux de notre temps ?

Fred Deion

mercredi 28 décembre 2016

Nouvelle directive européenne sur les armes, et la Suisse

La commission européenne vient d'adopter une nouvelle directive sur les armes, pour restreindre leur achat auprès des armuriers et leur détention légale dans tout l'espace Schengen, en réponse à la menace djihadiste.
Sans surprise, les tireurs sportifs, collectionneurs, chasseurs, amateurs de tir-détente, etc. se sentent stigmatisés. A raison ?

Tous les attentats terroristes (et revendiqués comme tels) commis en Europe en 2016 l'ont été sans utilisation d'armes à feu :
  • explosifs à l'aéroport et au métro de Bruxelles en mars
  • un policier et sa compagne sont tués à l'arme blanche à Magnanville (F) en juin
  • un camion tue 86 personnes et en blesse 434 à Nice le 14 juillet
  • un réfugié (probablement pakistanais) attaque 5 personnes à la hache dans un train allemand le 18 juillet
  • un réfugié syrien se fait exploser au moyen d'une bombe artisanale à proximité du festival d'Ansbach (D) le 24 juillet
  • deux jeunes djihadistes égorgent avec un couteau un prêtre de 84 ans pendant la messe à l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (F) le 26 juillet
  • un camion tue 12 personnes et en blesse 48 dans un marché de Noël de Berlin en décembre.
Aucune Kalachnikov ni autres fusils d'assaut utilisés, ni pistolets, ni armes automatiques ou semi-automatiques, que nenni. L'arsenal se composait d'explosifs, d'armes blanches (couteau, hache), de camions.

Pour ce qui est des attentats de 2015 (notamment Charlie Hebdo et Bataclan), nul besoin d'épiloguer sur le fait que les armes utilisées provenaient du marché noir. On voit donc mal comment des restrictions sur l'achat légal et la détention déclarée d'armes puissent entraver en quoique ce soit la survenue d'un acte terroriste.

Les seuls à en pâtir seront donc les honnêtes citoyens, qui jusqu'ici bénéficiaient de la confiance de leurs autorités, mais qui verront leurs libertés réduites ainsi :
  • l'introduction d'une clause du besoin obligera tout amateur d'arme à justifier sa détention (par exemple, pour un tireur, il faudra participer à des compétitions)
  • seront interdits les chargeurs de plus de 10 coups pour les armes longues et de plus de 20 coups pour les armes de poing
  • seront interdites les armes automatiques, et les armes automatiques transformées en semi-automatiques
  • via d'autres dispositions concernant l'inclusion des collectionneurs et des musées dans le champ d'application de la directive, la régulation des armes d'alarme et des armes acoustiques, l'encadrement des ventes en ligne, le règlement des armes à feu neutralisées et un échange automatique d'informations entre les États membres.
http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-4464_fr.htm 

La Suisse devra reprendre cette réglementation au nom de l'acquis Schengen, mais selon le journal Le Temps, il y aurait une exception suisse pour la possession d’armes à domicile (notamment les armes militaires comme les fusils d’assaut semi-automatiques) : "les  pays ayant une tradition de plus de 50 ans de conscription militaire et de transformation de ces armes en semi-automatiques bénéficieront en effet de dérogations pour la détention et l’acquisition de ces armes". 

Ceci restant à être confirmé, certains partis et associations (UDC, ASIN, ProTell, Swiss Shooting) n'excluent pas de recourir au référendum. Réunir 50'000 signatures ne devrait pas poser problème, sachant que :
  • l'UDC compte 90'000 membres
  • l'Association pour une Suisse Indépendante et Neutre (ASIN) compte 40'000 membres
  • Pro Tell compte 8500 membres
  • la fédération suisse de tir (Swiss Shooting) compte 175'000 membres
  • le dernier tir en campagne a réuni plus de 100'000 tireurs en un week-end
Au moment où nos autorités se pencheront sur ce dossier, qu'ils se souviennent des paroles de notre future présidente PDC Doris Leuthard, qui a déclaré fin 2016 trouver dangereux "si le peuple devait avoir le sentiment que les politiques décident de tout dans leur tour d'ivoire".

Fred Deion

samedi 3 décembre 2016

Turn-over des élites et Marc Touati sur BFM business

2016 semble être l'année de la retraite politique pour plusieurs membres de l'élite précédemment au pouvoir :

  • démission du 1er ministre britannique David Cameron au début de l'été 2016, suite au Brexit
  • fin de la présence, sur la scène politique américaine, de la dynastie Clinton, suite à l'élection de Trump
  • démission annoncée de Matteo Renzi, si le référendum constitutionnel italien du 4 décembre est rejeté en votation populaire
  • décision de Hollande de ne pas se représenter à l'élection présidentielle du printemps 2017 (laissant la gauche divisée avec 8 candidats probables à la primaire, et 5 candidats hors primaire)
  • retrait politique de Sarkozy et Juppé, suite à la victoire de Fillon à la primaire de droite organisée par le parti Les Républicains

Sur ce dernier point, écoutons l'économiste français Marc Touati (titulaire d’un DEA « Monnaie, Finance, Banque » de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, doctorant au sein de cette même université, président fondateur d'ACDEFI, cabinet de conseil économique et financier indépendant) :

"Le mérite, c'est qu'enfin, on a quelqu'un qui dit la vérité. François Fillon avait dit quand il avait été nommé premier ministre en 2007 : "je suis à la tête d'un pays en faillite". C'est le seul qui l'a dit, et c'est vrai. Enfin on arrête ce déni de réalité. (...) Après 2017, si on ne fait rien, c'est la Bérézina, ça sera peut-être la fin de la zone euro, les taux exploseront, et on aura une vraie crise sociétale. On a besoin de moderniser l'économie, sinon ce sera le chaos. (...) Il y aura des guerres civiles (...) et je veux éviter ça pour notre pays. (...) C'est notre dernière chance : si en 2017 on ne fait pas un minimum de réformes, ça ira très mal."

(citation tirée d'"intégrale placements : le face à face" du 28.11.2016 sur BFM business).
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/olivier-delamarche-vs-marc-touati-22-le-programme-de-francois-fillon-peut-il-etre-efficace-2811-889397.html

Fred Deion

De Marc Touati :
"Quand la zone euro explosera" (2012)
deux livres sur la dette (2014 et 2015)
"La thérapie de choc" (2015)
"La fin d'un monde" (2016)

dimanche 20 novembre 2016

Interview de Piero san Giorgio

A l'occasion de la sortie de son dernier opus, "NRBC", voici une petite interview de Piero San Giorgio, ainsi qu'une courte présentation de l'ouvrage (préfacé par Dmitry Orlov, voir mon article de juillet sur l'effondrement).
Le livre, plaisant à lire, accessible et très bien documenté, présente l'une après l'autre les thématiques NRBC. Il commence par les risques nucléaires et radiologiques, avec une explication très claire sur ce qu'est la radioactivité (cela vous rappellera avec nostalgie vos cours physique-chimie suivis au collège !). Des scénarios et des exemples réels d'exposition à la radioactivité sont donnés (dont celui survenu en 1999 à un soudeur qui avait mis dans sa poche la source radioactive de son appareil, et celui de 1985 suite au vol d'une unité de thérapie à base de césium).
Les deux parties suivantes exposent les risques et menaces biologiques et chimiques, avec également de nombreux exemples et scénarios (bactéries, virus, toxines et toxiques, pandémies, utilisation terroriste, accidents industriels...).
Les deux dernières parties renseignent comment réagir à un événement NRBC, se protéger (conduites à tenir) et s'équiper (kits et équipements). Contrairement à une idée reçue, des mesures simples et efficaces peuvent facilement être mises en place, et les matériels de base sont financièrement abordables.
Coup de chapeau aux auteurs qui ont su rendre accessible et intéressant un sujet à priori technique. Il y a une foule d'informations sur les risques industriels inhérents à nos technologies modernes, ni toujours maîtrisées, ni sous contrôle...

Mais sans plus attendre, voici l'interview :

Fred : "Survivre à l'effondrement économique" aborde de très nombreux thèmes, à ce titre il peut être qualifié d'ouvrage généraliste. A l'inverse, pour ton dernier livre, tu as choisi de développer un sujet spécifique. Quelles sont les raisons qui t'ont fait choisir la problématique NRBC, plutôt qu'une autre ?

Piero : Lorsque mes livres précédents sont sortis, la partie nucléaire était limitée à un paragraphe et était très superficielle car je ne m'y connaissais pas bien. Un ancien responsable de la cellule NRBC du GIGN m'a contacté pour me faire quelques remarques dans ce sens et, d'une discussion à l'autre, nous avons décidé de co-écrire ce livre sur ces thèmes qui sont très importants mais assez techniques. Dès le départ notre objectif à été de rendre compréhensibles ces sujets sans les simplifier, d'en décrire les effets sans tomber dans des messages anxiogènes et enfin, d'écrire un livre à la fois facile à lire, complet et utile pour toute personne soucieuse quant aux possibilités réelles d'évènements nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques.

Fred : Quels ont été les plus grands défis à relever lors de l'écriture, notamment pour vulgariser une matière à priori très technique ?

Piero : Le défi était que l'on ne peut éluder les fondements physiques, biologiques ou chimiques de ces problématiques pour expliquer correctement quelles sont les bons comportements que les citoyens auraient à avoir. Or ces fondements sont infiniment complexes! Il s'agit d'expliquer ce qu'est la matière, ce que sont les radiations quels en sont les effets, d'où peuvent-elles provenir... de la supernova, à la bombe atomique, en passant par le réacteur nucléaire ou la machine à rayons-X chez votre médecin. Pour la chimie et la biologie, il faut aussi savoir expliquer les différences entre toxines, virus, bactéries, spores... entre différentes molécules et leurs effets. Cela peut être rébarbatif et nous avons ré-écrit ce livre une bonne douzaine de fois jusqu'à ce qu'il soit compréhensible par toute personne ne connaissant rien à ces sujets. Ma maman a compris. Objectif réussi!

Fred : Certaines questions liées aux centrales et aux armes NRBC sont sensibles car relèvent de la défense nationale. A-t-il été malaisé d'accéder à certaines informations ?

Piero : En France, ce fut très difficile, notamment sur la partie liée à la sécurité des centrales nucléaires, mais nous avons réussi à trouver les infos manquantes sur ce sujet comme pour les autres sujets sensibles en passant par nos réseaux respectifs. En Suisse, en revanche, la transparence et la collaboration ont été très grandes et très utiles. Il faut dire que sur certains thèmes, comme par exemple sur comment fabriquer des armes chimiques, nous nous sommes auto-censurés pour que ce livre ne puisse servir à des personnes malintentionnées... bien qu'il y ait beaucoup de choses sur internet.... mais puisque notre objectif était surtout de transmettre les informations permettant de se protéger, cela ne nous a pas posé de problème.

Fred : Quel a été l'accueil réservé à cette thématique, que ce soit par les professionnels et spécialistes NRBC, d'une part, et par le grand public, d'autre part ?

Piero : Le succès auprès du grand public est certain. Nous avons déjà près de 8'000 exemplaires vendus en quatre mois et c'est le rythme de vente de mon premier livre qui est à plus de 100'000 depuis sa sortie, et est aujourd'hui traduit en plusieurs langues (anglais, russe, italien, arabe, roumain...). NRBC sortira d'ailleurs en anglais en 2017. Les professionnels qui nous ont contacté de manière privée nous ont félicité pour la bonne vulgarisation et l'utilité du livre. Certains ont même appris un truc ou deux !

Fred : Dernière question libre, pour conclure comme tu le souhaites.

Piero : La préparation du citoyen face à ces problématiques peut sembler d'un premier abord comme insurmontable, car beaucoup de mythes circulent sur ces sujets, voire des informations fausses (l'hiver nucléaire, la centrale nucléaire qui exploserait comme une bombe, l'impossibilité pour l'humanité de survivre à une guerre nucléaire, etc.). Bien que certains sujets sont plus risqués qu'on ne le pense (accès physique trop facile aux centrales nucléaires, présence dans toutes le villes et axes de communication de stockage et transports de produits chimiques très dangereux), et que l'émergence de nouveaux risques biologiques
(Ebola, Mersco-V) dans un monde hyper-connecté est avérée, c'est très facile de mettre en place une stratégie de base, notamment par une bonne compréhension du risque, de la bonne identification du problème lorsqu'il survient, des bons comportements à prendre et d'un minimum de préparation matérielle.