samedi 20 mai 2017

Tempête sur la Maison Blanche, Trump quitte le navire qui prend l'eau

Je n'ai pas pour habitude de relayer les dépêches de l'AFP, mais celle de ce matin tombée à 7h58 est incontournable. Elle décrit une Maison Blanche en pleine tempête, alors que son locataire le président-capitaine Trump quitte provisoirement son navire qui prend l'eau, pour sa première tournée présidentielle à l'étranger.

Voyez plutôt :

"Fin janvier, des jeunes recrues entraient à la Maison Blanche pleines d'enthousiasme et de fierté à l'idée de servir leur pays dans la nouvelle administration du président Donald Trump. Quatre mois plus tard, leur mission, censée être une expérience extraordinaire dont ils se vanteront un jour auprès de leurs petits-enfants, commence à ressembler davantage à un énorme boulet qu'ils traînent autour du cou.

En s'envolant vendredi pour son premier voyage à l'étranger, Donald Trump laisse derrière lui une Maison Blanche assiégée et des jeunes conseillers de plus en plus démoralisés. Mercredi soir, la nomination d'un procureur spécial pour enquêter sur les liens entre le cercle rapproché de Donald Trump et la Russie est tombée comme un coup de tonnerre. Sur une télévision accrochée au mur, les commentateurs des chaînes d'information lâchaient les mots de "collusion", "grand jury", "destitution", encaissés comme des coups de poing par des assistants du président muets et stupéfaits. Les employés du service de communication allaient et venaient de leurs bureaux en salles de réunion pour tenter de trouver une façon positive de présenter cette nomination qui pourrait bien rester comme une tache indélébile sur la présidence de Donald Trump.

Pendant des mois, ces employés de l'administration Trump ont vécu l'épuisement, les déchirements, les coups bas et l'atmosphère de crise perpétuelle de la Maison Blanche. Ce dernier développement - point d'orgue d'une semaine de tumultes d'une intensité que la Maison Blanche a rarement connu - s'est joué sous les regards du monde entier.

Les talents de meneur d'hommes de Donald Trump, vantés par certains, ne se sont pas exprimés à la Maison Blanche, où les coups en douce et les rumeurs quotidiennes de limogeage sont devenus la norme. En privé, les employés se plaignent de l'incompétence de l'administration et du sous-effectif. Les conseillers les plus juniors se demandent souvent s'ils vont pouvoir retourner à leur travail le lendemain, parfois avec le désir inavouable d'être enfin délivrés. D'autres disent qu'ils cherchent une porte de sortie ou qu'ils songent à prendre un avocat. Les républicains qui se sont vus demander s'ils étaient intéressés par un poste à la présidence se tiennent prudemment à distance.

Pour le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, ce désastre vire à l'humiliation publique. Tourné en ridicule par les humoristes, moqué par les correspondants de la Maison Blanche et presque rituellement contredit par le président, Sean Spicer a également dû supporter d'entendre ses collègues dire aux journalistes qu'il sera bientôt limogé.

Pour ceux de l'équipe Trump qui restent à Washington, la semaine prochaine offrira peut-être un répit."

On leur souhaite :-)

Fred Deion

samedi 13 mai 2017

Suisse vs UE : après le Brexit, le Suissexit ?

(article également publié sur le site http://lesakerfrancophone.fr/suisse-versus-union-europeenne-apres-le-brexit-le-suissexit et repris par http://free.niooz.fr/suisse-versus-union-europeenne-apres-le-brexit-le-suissexit-19290960.shtml, https://planetes360.fr/suisse-versus-union-europeenne-apres-brexit-suissexit/, http://lesobservateurs.ch/2017/06/15/suisse-versus-union-europeenne-apres-le-brexit-le-suissexit/, http://mailchi.mp/5fc5f2c7f2d6/communicationudc-gech?e=7bb0bb7594


Il peut paraître curieux de parler de Suissexit alors que la Confédération Helvétique ne fait pas partie de l'Union Européenne (UE). Bien que non-membre, la Suisse est cependant signataire des conventions de Schengen (suppression des contrôles aux frontières, mise en commun des politiques de visas et d'immigration) et de Dublin (droit d'asile européen). Elle a également conclu des accords bilatéraux avec Bruxelles, une première fois entre 1999 et 2002 (agriculture, libre circulation des personnes, marchés publics, obstacles au commerce, recherche, transport), et une deuxième fois entre 2002 et 2008 (environnement, fiscalité de l'épargne, lutte contre la fraude et la contrebande, produits agricoles transformés, pensions et retraites, éducation, statistiques, et coopération en matière de justice, sécurité, asile et migration, avec justement la signature des conventions de Schengen et de Dublin).

Dès l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes, l'immigration en provenance de l'UE augmente, en passant dans un premier temps à 50'000 habitants supplémentaires par an jusqu'en 2006, puis à 80'000 habitants supplémentaires par an dès 2007. Face à cet afflux, le parti UDC (Union démocratique du centre) lance une initiative populaire "contre l'immigration de masse" acceptée en votation le 9 février 2014 par 50,3% des voix.

Ce résultat modifie la Constitution fédérale avec les ajouts suivants :
"La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers.
Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels (...)
Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale (...)
La loi règle les modalités."

Pour préserver les bilatérales, le parlement vote cependant une loi d'application light le 16 décembre 2016 :
"Le Conseil fédéral arrête des mesures visant à épuiser le potentiel qu’offre la main d’oeuvre en Suisse. (...)
Lorsque certains groupes de profession, domaines d’activités ou régions économiques enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne, il y a lieu de prendre des mesures limitées dans le temps visant à favoriser les personnes enregistrées auprès du service public de l’emploi en tant que demandeurs d’emploi. (...)
 Les postes vacants dans des groupes de profession, domaines d’activités ou régions économiques qui enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne doivent être communiqués par les employeurs au service public de l’emploi"
Dans cette loi d'application light, il n'y a ni plafonds, ni contingents, ni principe de préférence nationale. L'UDC crie donc à la trahison, la volonté populaire étant bafouée, et la nouvelle disposition constitutionnelle n'étant pas mis en oeuvre.

La riposte ne se fait pas attendre : dès début 2017, un groupe de travail réunissant des membres de l'UDC et de l'ASIN (Association pour une Suisse indépendante et neutre) développent trois variantes en vue de lancer une nouvelle initiative populaire pour la restriction de la libre circulation. Le 4 mai 2017, l'UDC et l'ASIN rendent public ces trois variantes, qui sont examinées lors de l'assemblée générale de l'ASIN du 6 mai. Les voici :
  1.  résiliation de l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE
  2. interdiction du principe de la libre circulation des personnes, et résiliation de l'accord y relatif
  3. interdiction du principe de la libre circulation des personnes, interdiction qui est prioritaire par rapport aux traités internationaux
Ces variantes seront examinées lors de l'assemblée des délégués de l'UDC le 24 juin, avec pour objectif de lancer une initiative populaire d'ici la fin de l'année. Cette initiative sera la première étape du Suissexit, car si elle est acceptée en votation populaire, l'UE risque bien de considérer qu'avec la résiliation d'un accord (libre circulation des personnes), c'est en fait tous les autres accords bilatéraux qui deviennent caducs (principe de la «clause guillotine»).

L'UDC va également déposer une deuxième initiative populaire, dite pour l'autodétermination ("le droit suisse au lieu de juges étrangers"). Elle vise à préserver notre liberté et notre indépendance de l'ingérence du droit étranger, en particulier européen, via sa reprise en raison d'accords internationaux (bilatérales, Schengen, Dublin, etc.). Si cette deuxième initiative est acceptée en votation populaire, ce sera la deuxième étape du Suissexit.

Une troisième votation est également à prévoir. En effet, l'Union européenne a adopté récemment une directive restreignant l'achat et la détention légale d'armes dans l'espace Schengen. La loi suisse sur les armes devrait donc être modifiée, la Suisse ayant signé la convention de Schengen et étant membre de cet espace depuis 2008 (au sujet de la pression mise par la Commission européenne dans le processus ayant conduit à l'adoption de cette directive : http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/02/interview-de-la-deputee-europeenne-dita.html)

Cependant, cette nouvelle directive va à l'encontre aussi bien du service militaire obligatoire en vigueur dans l'armée suisse de milice (les soldats devant garder leur fusil d'assaut à leur domicile, entre deux cours de répétition), que de la tradition très populaire du tir sportif (la Fédération suisse de tir est la troisième plus grande association sportive avec 175'000 membres), sans parler de toutes les personnes résidant en Suisse qui s'adonnent au tir sans être affilié à un club (pour en savoir plus sur ce que prévoit cette nouvelle directive : http://actufreddeion.blogspot.ch/2016/12/nouvelle-directive-europeenne-sur-les.html)

Enfin et surtout, cette directive européenne criminalise les tireurs, chasseurs, collectionneurs et détenteurs d'armes, sans contribuer en quoique ce soit à la lutte contre les terroristes, qui utilisent soit des véhicules béliers (Nice, Berlin, Londres, Stockholm), des armes blanches (Magnanville, Wurtzbourg, St-Etienne-du-Rouvray) ou des armes achetées illégalement sur le marché noir, et pas légalement chez un armurier (attentats de Paris). Le seul effet de cette directive est donc de stigmatiser les détenteurs d'armes, de soupçonner toute la population, et de grossir les rangs des adversaires de l'Union européenne : mouvements qui s'opposent à cet "EU Gun ban" dans toute l'Europe, #iamthegunlobby, http://firearms-united.com/fr/. Ils s'ajoutent aux anti-Européens de tous bords, et aux partis politiques dits "populistes" qui font de la résistance à Bruxelles leur cheval de bataille prioritaire.

Bien que le parlement suisse n'ait pas encore adapté la loi suisse sur les armes à cette nouvelle directive européenne, la résistance s'organise déjà :
  • pétition en ligne, avec déjà près de 10'000 signatures : https://www.finger-weg-vom-schweizer-waffenrecht.ch/2017/04/offener-brief-an-den-bundesrat-nationalrat-staenderat/ 
  •  ProTell, association pour un droit libéral sur les armes et contre toutes restrictions de la possession d'armes par les citoyennes et citoyens responsables, a convoqué une assemblée générale extraordinaire le 17 juin. Le but ? Se mettre en ordre de bataille, en élisant un nouveau comité propre à défendre les droits et les libertés des tireurs.
  •  L'UDC (90'000 membres) a déjà annoncé qu'elle lancerait un référendum contre une nouvelle loi suisse sur les armes, si celle-ci reprenait les restrictions imposées par la nouvelle directive européenne (ce qui amènerait une votation populaire)
A l'occasion de ce référendum, si la population suisse rejette cette modification législative, et bien ce serait la troisième étape du Suissexit, la sortie de la Suisse de l'espace Schengen.

Fred Deion









samedi 6 mai 2017

Rapport de situation 2017 du Service de Renseignement de la Confédération

Le 2 février, j'avais publié un article intitulé : "Quelle est la menace ?". Je le concluais en indiquant que si le rapport de situation 2017 du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) valait le détour, j'y reviendrais. Il vient de sortir, et contre toute attente, il mérite qu'on s'y attarde. Voici quelques extraits choisis :

"Les situations de crise régnant en Europe (...) ont depuis l'an dernier été renforcées (...). Les anciennes certitudes s'érodent ainsi davantage encore et sont remplacées par des incertitudes fondamentales ainsi que par une prévisibilité réduite (...). Une pression extraordinaire s'exerce donc sur l'ordre qui règne en Europe (...), qui commence ainsi à afficher des fractures marquées sous la pression de crises intérieures et extérieures.(...) La stabilisation durable du système financier européen à la suite des crises survenues depuis 2008 reste un chantier, avec une volonté politique toujours plus faible de trouver une solution à l'échelle européenne. Une maîtrise européenne globale des mouvements migratoires vers l'Europe (...) reste fragmentaire (...). Même si l'UE, l'euro, et le marché commun devaient survivre à cette longue crise européenne, plusieurs années de gestion politique et économique de la crise ont affecté la confiance (...). Dans les situations de crise aiguë, la suspension ou la rupture tacite des règles européennes est déjà devenue réalité. (...) La crise traversée par l'économie mondiale et les bouleversements politiques dans les régions critiques sur le plan de l'économie globale s'accompagnent de dysfonctionnements sur les marchés des matières premières, qui nous rappellent sans cesse la dépendance de notre société des importations de matières premières et d'énergie."

Les causes ? citons en vrac :
  • crise politique et économique de l'intégration européenne (Brexit, Grèce, etc.)
  • poursuite de l'instabilité financière, initiée depuis la crise bancaire de 2008
  • incertitudes sur la collaboration transatlantique depuis l'élection du président Trump
  • confrontation politique, économique, militaire entre l'Ouest et l'Est (réaffirmation du pouvoir russe, guerre civile en Ukraine) pouvant mener "à la constitution de zones d'influence concurrentes sur le continent européen"
  • "situations de crise dans les Etats situés sur les côtes orientale et méridionale de la Méditerranée" (conflit israélo-palestinien, Turquie, Syrie, Irak, "Etat islamique", Afrique du Nord et AQMI, avec toutes les menaces que font peser ces groupes terroristes)
  • conséquence du point précédent : hausse massive des mouvements migratoires avec infiltration de djihadistes mêlés au flux de réfugiés, et accroissement du danger terroriste qui en découle, comme l'illustre la multiplication des attentats en Europe. "Le risque que la lutte agressive de survie (de "l'Etat islamique") soit de plus en plus menée en Europe, est considérable. La vulnérabilité  physique et morale des sociétés libérales en Occident est élevée."
 Fred Deion

Lire le rapport de situation 2017 du SRC (rapport complet de 85 pages) : http://www.vbs.admin.ch/content/vbs-internet/fr/ueber-das-vbs/organisation-des-vbs/die-verwaltungseinheiten-des-vbs/-der-nachrichtendienst-des-bundes.download/vbs-internet/fr/documents/servicederenseignement/rapportsdesituation/NDB-Lagebericht-2017-f.pdf

vendredi 28 avril 2017

Armée versus GSsA

Ce 11 avril, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a lancé la récolte de 100'000 signatures, nécessaires pour faire voter sa nouvelle initiative populaire visant à interdire à la Banque Nationale Suisse, ainsi qu'aux caisses de pensions et de retraites, d'investir dans l'industrie d'armement.

Par le passé, quel a été le succès des initiatives populaires déjà lancées par le GSsA ?

En 1989, la première initiative du GSsA pour une Suisse sans armée obtient 35% d'avis en faveur de la suppression de la défense nationale (qui comptait 620'000 soldats, sans les réservistes, au moment de la votation). Ce résultat a eu le mérite de provoquer un séisme au sein de la grande muette, et au-delà.

Conséquence indirecte de cette votation, les réformes militaires se suivront sans interruption pour les trois décennies suivantes :
  • réforme "Armée 95" (1995) : durée de service réduite, suppression des classes d'âge et regroupement par incorporation, réduction de l'effectif à 390'000 soldats
  • introduction du service civil en 1996
  • réforme " Armée XXI" (2004) : réduction de l'effectif à 220'000 soldats et durée du service réduite
  • réforme "DEVA" (développement de l'armée, en cours) :  réduction de l'effectif à 100'000 soldats qui seront complètement équipés, réintroduction d'un système de mobilisation (8000 soldats sous 3 jours, 35'000 les 10 jours suivants)
Nonobstant ces réductions de budget et d'effectifs, le GSsA poursuit avec un insuccès certain le lancement d'autres initiatives visant à détricoter l'armée. Comme la suppression pure et simple de l'armée a échoué en 1989, la tactique du salami est souvent privilégiée :
  • initiative pour une Suisse sans nouveaux avions de combat (visant à éviter l'achat de 34 F/A-18 décidé par le parlement), rejetée en 1993 par 57% des votants
  • seconde initiative pour une Suisse sans armée, couplée à une initiative pour un service volontaire pour la paix, refusées en 2001 par respectivement 78% et 77% des votants
  • initiative pour l'interdiction d'exporter du matériel de guerre, rejetée en 2009 par 68% des votants
  • initiative pour la protection face à la violence des armes, introduisant une clause du besoin (justification pour toute possession d'arme à feu), l'obligation du stockage des armes militaires à l'arsenal, et la mise en place d'un registre national. Le texte est rejeté en 2011 par 56% des votants.
  • initiative pour l'abrogation du service militaire obligatoire, refusée en 2013 par 73% des votants
Pourquoi cet entêtement ? Pour le GSsA, plus aucune menace d'ordre militaire ne pèse sur la Suisse depuis l'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est, et la disparition du Pacte de Varsovie.

L'actualité semble pourtant indiquer plutôt le contraire : il n'y a jamais eu autant de guerres dans le monde, d'attentats terroristes et de dépenses d'armement. Rien qu'en Europe, les récents conflits yougoslaves (1991-2001) et ukrainien (en cours) indiquent que notre continent n'est pas à l'abri de confrontations meurtrières.

Le passé nous indique lui aussi qu'il n'y a que trop peu de périodes sans troubles, et lorsqu'il y en a, elles sont éphémères. Une phrase extraite du film "Fury" vaut à elle seule tous les discours : "Les idéaux sont pacifiques, l’Histoire est violente".

Fred Deion

dimanche 23 avril 2017

La France game over

(article également publié, repris ou cité sur les sites http://lesakerfrancophone.fr/la-france-game-over, http://reseauinternational.net/la-france-game-over/, http://free.niooz.fr/la-france-game-over-17953195.shtml, https://planetes360.fr/france-game-over/, http://www.le-veilleur.com/article/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er, http://lesmoutonsenrages.fr/2017/05/02/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er/, http://leblogdygrec.blogspot.ch/2017/05/du-cauchemard-la-realite-ce-qui-nous.html, http://www.brujitafr.fr/2017/05/du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er.html, https://www.crashdebug.fr/actualites-france/13570-du-cauchemard-a-la-realite-ce-qui-nous-attend-sous-macron-1er)

On a d'abord eu la "France Orange mécanique", titre du premier livre de Laurent Obertone, dans lequel il dénonce les peines de prison non effectuées chaque année en France, l'absence d'effet dissuasif d'un système judiciaire laxiste et l'impunité qui en découle.

On a eu ensuite "La France Big Brother", du même auteur, où il pointe du doigt les manipulations et la désinformation dont se rendent coupables les médias, au point de faire passer l'oligarchie politico-médiatique française pour l'avatar du parti totalitaire décrit dans "1984", le fameux livre de George Orwell.

On a eu enfin  "La France djihadiste" d'Alexandre Mendel, voyage dans les quartiers radicalisés des banlieues, où le repli communautaire a triomphé de l'intégration multiculturelle voulue mais en échec.

Et maintenant ? Bienvenue dans "La France game over".

Pourquoi "game over" ? Après ce premier tour de l'élection présidentielle, les perspectives ne sont en effet pas des plus réjouissantes.

Avant d'évoquer le futur, petit retour dans le passé, précisément le 21 septembre 2007. Ce jour-là, le premier ministre François Fillon visite une exploitation viticole de Calvi, en Corse. Il ose alors dire la vérité suivante : "Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d'un État qui est depuis quinze ans en déficit chronique, je suis à la tête d'un État qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Ça ne peut pas durer."

Son programme en tenait compte. Il aurait certainement engagé les réformes structurelles dont l'économie française a un besoin urgent pour sauver sa compétitivité, et donc l'emploi. Y serait-il parvenu ? Aurait-il reculé face à la pression de la rue ? Aurait-il gardé le cap avec la même détermination qu'il a maintenu sa candidature contre vents et marées ? On ne le saura jamais. Englué dans les affaires, mis en examen, les électeurs se sont détournés à juste titre d'un candidat perçu comme malhonnête.

Au deuxième tour, exit donc les deux formations historiques, parti socialiste et les républicains, et place à l'affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. D'un côté, des propositions tranchées sur les questions sécuritaires, migratoires et identitaires, mais frileuses sur les réformes économiques qu'il serait pourtant nécessaire de mener. De l'autre, un programme économique de centre mou, qui n'a pas fait ses preuves lorsque son héraut était ministre de l'économie et de l'industrie (laquelle ?) pendant deux ans.

En résumé : dans les deux cas, pas de remise en question des 35 heures, pas d'augmentation de l'âge de la retraite (malgré l'évidence démographique), pas de simplification/assouplissement du droit du travail, pas de mesures réelles et concrètes pour désendetter le pays.

Par conséquence, la France va rester enlisée dans ses problèmes de compétitivité structurelle, son taux de chômage va se maintenir au-dessus d'un 10% incompressible, sa déindustrialisation et son endettement vont se poursuivre, et son déclin économique amorcé depuis 40 ans ne va pas s'inverser.

Pour continuer d'acheter la paix sociale, l'Etat se substituera alors au marché du travail en poursuivant le versement d'indemnités, RSA et/ou autres  allocations. Et lorsqu'il ploiera finalement sous sa dette qui n'aura cessé d'augmenter, le rating de la France sera encore dégradé par les agences de notation en dessous de la zone des "A" pour arriver dans la zone des "B". Cette dégradation empêchera les investisseurs institutionnels de financer le déficit public, et la France n'aura plus pour seule alternative, comme la Grèce avant elle, que de se tourner vers le FMI et la BCE. Avec pour inconvénient majeur, le diktat venu de l'extérieur : "qui paie, décide". Les réformes que la France n'a pas su faire, lui seront imposées par d'autres.

vendredi 17 mars 2017

EU Gun Ban / interdiction des armes

Ceci sera l'article le plus court de ce blog.

Ce 14 mars 2017, le parlement européen a adopté les restrictions sur les armes détenues légalement  par les honnêtes citoyens, bien qu'aucune arme achetée légalement n'ait jamais été utilisée en Europe pour commettre un acte terroriste.

Voici le texte :http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+TA+P8-TA-2017-0068+0+DOC+PDF+V0//FR

Il ne reste plus qu'à espérer que le parlement suisse ne reprenne pas ce droit européen dans la loi suisse sur les armes, même si la reprise automatique de l'acquis Schengen nous l'impose.
Et si notre parlement cède face au diktat européen, le dernier espoir réside dans la population suisse, qui sera appelée à se prononcer via le référendum qui ne manquera pas d'être exigé.

En attendant le verdict populaire, la résistance s'organise, via des pétitions en ligne :
Signez et faites signer !

Fred Deion #iamthegunlobby

jeudi 2 mars 2017

"Vers la guerre civile moléculaire", conférence de Bernard Wicht

Le titre de cette conférence illustre à lui seul l'évolution de la situation en Europe : ses façades Sud (Afrique du Nord) et Est (Proche-Orient) sont la proie au mieux du chaos, au pire de la guerre, tandis que le déferlement migratoire continue à se succéder de façon incontrôlée.

Alors pourquoi "guerre civile" ? parce que ce conflit ne se déroule pas sur un champ de bataille, mais prend place au sein de la société, à l'intérieur même du corps social.
Pourquoi  "guerre moléculaire" ? parce que les prochaines guerres ne seront pas le fait d'armées nationales mais de petits groupes : terroristes, guerrilleros ou bandits, qui s'appuient sur le fanatisme et l'idéologie.

Quelles sont les caractéristiques de l'armée ennemie ?
  • elle est transnationale : mafias et trafiquants, terroristes, etc.
  • elle est low tech/low cost : l'armement utilisé est celui d'un fantassin, soit principalement le fusil d'assaut (en général Kalachnikov AK47)
  • elle met en scène un récit commun, basé sur les émotions, les ressentiments, les frustrations
  • sa tactique : créer l'insécurité, par exemple via des attentats, zébrer les territoires : alors que l'Etat parvient à contrôler/sécuriser certaines régions, d'autres sont abandonnées et deviennent des zones de non droit
  • elle se finance via l'économie grise : hold-up, chantage, extorsion, trafics, enlèvements...
Comment les démocraties perdent ces conflits de basse intensité ?
  • elles n'identifient  ni la menace, ni l'ennemi (les guetteurs des banlieues sont tolérés, les milices citoyennes, non)
  • elles sont en panne de cause; car par beau temps, on peut se soucier des droits de l'homme et du multiculturalisme; mais quand les nuages s'amoncellent, les populations se préoccupent avant tout de leur emploi, de leur pouvoir d'achat, de leur sécurité; le système démocratique qui ne répond pas à ces attentes devient instable (virage populiste ?)
  • elles connaissent une dérive policière et autoritaire (état d'urgence, surveillance des habitants)
  • elles désarment leurs citoyens (voir la nouvelle directive établie par la Commission européenne, qui sera applicable à tout l'espace Schengen)
  • elles sont exposées à des risques de guerres civiles potentielles
Quelle est la solution ? il faut retrouver une échelle d'organisation adaptée au conflit.
L'organisation politique doit donc être à la même échelle que l'ennemi, et au niveau de la menace.
Sinon c'est la défaite, comme par exemple pour les Etats-nations qui n'étaient pas l'échelle adaptée pour les guerres de décolonisation (armée régulière vs guerilla)
Il faut également :
  • comprendre que la guerre c'est le désordre
  • distinguer dedans/ami et dehors/ennemi, distinction qui doit être rétablie; les gangs qui tiennent les banlieues françaises l'appliquent via la présence de guetteurs qui signalent toute intrusion
  • redéfinir l'unité militaire (se mettre à l'échelle)
  • travailler dans la marge d'erreur du système : être capable de faire ce que l'Etat ne peut plus ou ne veut plus faire
  • construire la deuxième ligne de défense : lorsque la 1ère ligne de défense étatique cède (police, armée), une 2ème ligne est prête à prendre le relais (par exemple milice citoyenne)
Le Mexique est l'un des meilleurs exemples actuels de guerre civile moléculaire, où les gangs, cartels, narcotrafiquants sont de mèche avec l'armée et la police corrompues.
La population civile ne sachant plus vers qui se tourner pour assurer sa sécurité, des milices locales se sont organisées pour rendre son quartier ou son village sûrs.

Cette guerre civile moléculaire est un nouvel équilibre de la terreur au niveau du citoyen, car il est devenu une cible (attentats); mais ce citoyen, est-ce qu'il est prêt, est-il en mesure de faire face, de répondre à cette menace ?

Fred Deion

dimanche 26 février 2017

Interview de la députée européenne Dita Charanzová sur les restrictions sur les armes

Voici la version française (traduite par mes soins) de l'interview de la députée européenne Dita Charanzová au sujet des restrictions prévues par l'Union Européenne sur l'achat et la détention légale d'armes par les citoyens. La version anglaise a été publiée sur https://firearms-united.com/2017/02/19/eu-gun-ban-dita-charanzova-speaks-out-to-firearms-united/ et sur https://www.gunsweek.com/en/current/articles/eu-gun-ban-dita-charanzova-speaks-out-firearms-united

Q : Mme Charanzová, comment avez-vous vécu ce processus complet en qualité de rapporteur fictif  ? ("shadow rapporteur", député qui suit un dossier pour un groupe politique autre que celui du rapporteur - note du traducteur).
Dita Charanzová : Je dois dire que depuis que je suis présente et que je travaille à Bruxelles - d'abord comme employée à la représentation permanente de la République tchèque, puis comme députée européenne - je n'ai jamais été confrontée avec une proposition qui a été autant politisée, particulièrement au moment où les négociations se terminaient; et j'ai trouvé cela très décevant.
La Commission européenne a exercé une pression énorme pour faire adopter un texte qui contienne des restrictions aussi sévères que possible, et pour le faire adopter aussi vite que possible, sans être en mesure de donner quelque raison valable que ce soit pour justifier de telles restrictions.
Par exemple, une des exigences de base pour tout processus législatif approprié est d'effectuer une estimation d'impact - une évaluation de la situation actuelle et une expertise sur l'impact des changements proposés, et leurs bénéfices et coûts attendus.
La Commission européenne a négligé de présenter cela, ils se sont contentés de se référer à quelques anciennes études. De plus, ces études ne traitaient que de quelques questions partielles. Pourtant, une étude d'estimation d'impact est une ligne directrice clé pour les députés lorsqu'ils prennent leurs décisions; c'est pourquoi je l'ai réclamé à plusieurs reprises à la Commission, même pendant les sessions publiques de l'IMCO (commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs - note du traducteur).
Q : Un autre exemple de cette problématique est celui de l'approche du public. Avant de présenter leur proposition, la Commission européenne lança deux consultations publiques, mais leur proposition ne repris rien des plus de 28'000 réponses reçues. Alors, pourquoi donc ces consultations sont lancées ?
Dita Charanzová :C'est une bonne question - pour la Commission européenne. Je leur ai demandé moi-même cela durant la procédure publique; toutefois, cette question a été évacuée sans aucune réponse.
Q : Quel est le rôle actuel de la Commission européenne dans ce processus législatif ?
Dita Charanzová : La Commission a le droit d'initiative. Cela signifie qu'elle peut émettre la proposition législative, mais elle ne peut pas l'approuver. En pratique, la Commission prépare la proposition législative et la présente avec les expertises techniques - comme l'étude d'estimation d'impact - au Conseil et au Parlement. Ces deux organes ont le droit de décider, soit en approuvant ou ou en rejetant cette loi. Durant cette procédure, la Commission fournit des informations techniques et des opinions d'experts à la demande du Conseil ou du Parlement. Si la Commission a une raison de le faire, elle peut même retirer sa proposition.
Toutefois, tout s'est passé à l'inverse de ceci avec cette proposition de directive.
Nous avons demandé à de nombreuses reprises une étude d'estimation d'impact qui aurait indiqué combien de personnes et d'armes seraient impactées par ces restrictions, et combien de crimes et d'attaques terroristes étaient commises avec ces armes. Pas de réponse.
Quand nous avons insisté là-dessus, au lieu de produire une étude d'estimation d'impact, la Commission posa ces questions aux Etats Membres sous la forme d'un questionnaire, et nous en présenta les résultats. Et les résultats étaient que le nombre de personnes impactées se compteraient au moins en centaines de milliers.
Ces procédures étaient vraiment non standard. Les représentants de la Commission amenèrent certains changements de dernière minute qu'ils n'étaient pas capables de justifier - ils n'étaient absolument pas préparés du tout. Dans un cas, ils ont même essayé de répondre à mon objection par une définition prise dans Wikipedia. Heureusement, c'en était trop, et pas seulement pour moi, et ce point a été rejeté.
Q : A votre avis, pourquoi la Commission procède ainsi ? Quel est le contexte historique de de cette situation ?
Dita Charanzová : Je ne veux pas faire tourner ici une théorie complotiste. Toutefois, une des raisons de l'éminent intérêt de la Commission est que, pour le moment, c'est la seule proposition qui prétend aborder la question de la dégradation de la sécurité dans l'Union Européenne. Que cette proposition soit efficace ou pas, ils n'ont rien d'autre.
Ce n'est également pas un secret que la Commission a été fortement poussée dans ce positionnement par la France, qui doit présenter quelque chose à ses citoyens avant les élections présidentielles d'avril.
Malheureusement, même le rapporteur et des collègues d'autres groupes ont finalement succombé à cette pression. Je n'ai cependant pas succombé à cette pression car premièrement et avant tout, je représente les citoyens tchèques et leurs droits légitimes.
Q : Les détenteurs d'armes de la République tchèque réagirent passionnément contre cette proposition, et des réactions similaires vinrent d'autres pays européens, y compris de Suisse. Ces réactions n'étaient pas dirigées juste sur la directive, mais sur l'Union Européenne dans son ensemble.
Dita Charanzová : Oui, une partie du Parlement voit ce risque. Les députés libéraux de notre groupe signalent que la Commission transforme beaucoup de citoyens européens en ennemis de l'Union Européenne sans raison. Toutefois, la plupart des députés ont soutenu cette proposition, parce que la Commission déclara que si le Parlement refusait d'approuver cette proposition, il serait accusé de refuser de protéger la population contre le terrorisme.
Nous sommes en train de jeter le bébé avec l'eau du bain. Nous avons besoin d'une Europe plus sûre, et je suis la première à voter pour cela. Cette directive pourrait être bénéfique sans empiéter sur les libertés individuelles - par exemple, en s'assurant que les armes désactivées le soient correctement et de manière irréversible. La direction que prend la Commission est cependant complètement fausse. Pour rendre la directive fonctionnelle et utile, nous devons la préparer comme la loi tchèque sur les armes a été préparée : basée sur des faits, en l'examinant minutieusement, et en ne limitant les libertés individuelles pas plus qu'il est absolument nécessaire de le faire pour assurer la sécurité commune. C'est ce que j'ai exhorté à faire durant tout le processus législatif.
Q : Quelles seront vos prochaines actions ?
Dita Charanzová : La prochaine étape est le vote à la session plénière du Parlement Européen, en mars. J'essaierais de proposer quelques amendements. Je dis "j'essaierais" car un seul député ne peut pas proposer des amendements en session plénière; seuls des groupes de 40 députés ou un groupe entier peut le faire. C'est pourquoi je dois travailler à fédérer ce soutien.
Le Parlement doit ensuite voter les amendements proposés. Je n'essaierai pas de donner de pronostic sur le résultat, mais il sera influencé par de nombreux facteurs. Le processus législatif n'étant pas terminé, nous devons donc continuer à nous battre.
En cas de défaite au Parlement Européen, recourir contre la directive à la Cour Européenne de Justice est la possible étape suivante - et je soutiendrais cette étape.

Note du traducteur : au-delà des restrictions à l'achat et à la détention légale d'armes, cet interview illustre très bien l'ingérence de la Commission Européenne (non élue par le peuple) dans le processus législatif européen, et l'amateurisme et l'impréparation de ses représentants.
Je tiens enfin à remercier firearms-united de m'avoir autorisé à traduire et publier cet interview, et Dita Charanzová pour défendre les droits de tous les détenteurs légaux d'armes en Europe.
Fred Deion #iamthegunlobby

Décrets de Trump pour démanteler la réglementation financière : le début de la fin

(article également publié sur le site http://lesakerfrancophone.fr/)  

On parle beaucoup du décret anti-immigration de Trump, interdisant notamment l'entrée aux USA de ressortissants de sept pays (sept pays qui ont tous subi des invasions, attaques ou embargos de la part des différentes administrations américaines).
Pourtant, ce décret inutile ne fait que stigmatiser un grand nombre de personnes, avec un effet nul sur la lutte contre le terrorisme, voire contre-productif : en attisant les haines, cela peut susciter des vocations au djihad anti-US et au martyr. Sans oublier qu'un attentat, même meurtrier, hormis ses malheureuses victimes, sa charge émotionnelle et son buzz médiatique, n'a qu'une portée limitée.

Par contre, on parlera un peu moins de la volonté affichée de détricoter l'insuffisante réglementation du système financier mise en place après la crise des subprimes de 2008.

Dommage !

En effet, l'abrogation des deux décrets visant la loi Dodd-Frank et la règle Volcker aurait une portée systémique.

Pour rappel, la loi Dodd-Frank de 2010 a créé le bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) chargé de réguler les prêts hypothécaires et les cartes de crédit, suite aux abus constatés lors de la crise des subprimes. Cette loi a aussi obligé les banques à augmenter leurs fonds propres et subir des tests annuels de résistance ("stress tests", qui valent ce qu'ils valent...), afin d'éviter une faillite comme celle de Lehman Brothers.
Quant à la disposition de la loi Dodd-Frank qui visait à éviter la corruption pour l’obtention de concessions, elle a d'ores et déjà été abrogée. Désormais, les compagnies pétrolières et minières américaines ne sont plus obligées de rendre public les sommes versées aux gouvernements étrangers.

La règle Volcker empêche les banques de pratiquer la spéculation pour leur propre compte et vise à freiner leurs investissements spéculatifs avec l’argent de leurs clients : l’objectif consiste à éviter le financement d’actifs risqués par des dépôts garantis par l’Etat fédéral (rappelons que la crise financière de 2008 a coûté 1000 milliards de dollars au contribuable américain, argent public qui a servi à renflouer des banques privées).
Le deuxième décret vise aussi la règle fiduciaire qui oblige les conseillers financiers à agir dans l’intérêt de leurs clients. Cette règle les empêche actuellement de conseiller à leurs clients des placements pour lesquels les commissions sont les plus élevées, ou d'acheter des produits, alors que leur banque spécule contre ces mêmes produits.

Comment justifier la remise en cause de deux législations qui visent à éviter les excès sur les marchés financiers et à protéger davantage les consommateurs ?

Selon les républicains, cette législation était nuisible tant pour les banques que pour les consommateurs. L’association bancaire ABA s’est elle félicitée de cette initiative «qui devrait permettre de libérer le pouvoir de l’industrie bancaire».
Le directeur du Conseil économique national à la Maison Blanche Gary Cohn (ancien numéro deux de Goldman Sachs) a déclaré que l’objectif de déréglementer les marchés financiers n’était pas une faveur accordée aux banques.
«Il s’agit d’être un acteur sur le marché mondial où nous devons, pouvons et aurons une position dominante. Les banques vont être en mesure de fixer leurs prix plus efficacement et donc au mieux pour les consommateurs. Les Américains vont pouvoir faire de meilleurs choix et accéder à de meilleurs produits financiers».

Ha la bonne blague.

Lors de sa campagne électorale, M. Trump avait pris la défense des populations défavorisées, mises à la rue par la crise des subprimes, en fustigeant l’attitude des banquiers de Wall Street. Pourtant, ces derniers sont largement représentées au sein de sa nouvelle administration :
  • Steven Mnuchin, 17 ans chez Goldman Sachs, repreneur de la OneWest Bank, leader des saisies sur le segment des personnes âgées en expulsant des dizaines de milliers d’Américains de leur maison, nommé secrétaire au Trésor
  • Wilbur Ross, ex-banque Rotschild, repreneur d'entreprises en difficultés et restructurées à coup de milliers de licenciements, nommé secrétaire au Commerce
  • Stephen Bannon, ex-Goldman Sachs, nommé conseiller de la Maison Blanche
  • Paul Atkins, ex-membre de la Securities and Exchange Commission (SEC), CEO d'une entreprise de services financiers, nommé conseiller sur la réglementation financière
  • Le déjà cité Gary Cohn, ex-numéro deux de la banque d’affaires Goldman Sachs, nommé directeur du Conseil économique national.
Réactions

Le démantèlement de cette réglementation financière suscite heureusement quelques réactions, par exemple de l’ONG Public Citizen : «Revenir sur ces règles montre que l’administration Trump est du côté de Wall Street», du sénateur démocrate Charles Schumer «le président Trump qui avait promis de tenir tête aux grandes banques, leur permet maintenant d’écrire le code de la route» ou encore du ministre suédois des marchés financiers «Donald Trump est bel et bien une menace pour la stabilité financière. C'est dangereux, nuisible et extrêmement malheureux à l'époque où nous vivons».

 Pronostic

A partir de là, il n'est pas difficile de pronostiquer une prochaine crise financière, en bis repetita de celle de 2008. Car imaginer que les banques, sans le corset d'une réglementation minimale, soient raisonnables plutôt que cupides, relève d'une naïveté presque insultante.
Alors elles prendront tous les risques en dépit du bon sens,  jusqu'au krach final. Cette fois, qui viendra sauver les banques ? Les Etats, déjà surendettés depuis 2008 ? Les banques centrales, exposées par leurs achats massifs de titres financiers qui font exploser leurs bilans ?

C'est d'autant plus regrettable qu'un effondrement du système est l'affaire de tous :
  • pour les épargnants, risque de ponction sur les comptes, comme à Chypre en 2013
  • pour les propriétaires insolvables, saisie du logement, comme lors de la crise des subprimes
  • pour les contribuables, si l'Etat devient prédateur pour renflouer ses caisses vides
  • pour les retraités, si le paiement des rentes ne peut plus être honoré
  • pour les salariés, si leur entreprise dépose son bilan
En 2008, nous avons vu que les banques ne prêtaient plus, par crainte que l'emprunteur fasse faillite et ne rembourse pas. Conséquence : tout le système de crédit peut se bloquer.
Or, l'économie réelle a elle aussi besoin d'avoir accès au crédit pour échanger, acheter et vendre. Conséquence : sans crédit, plus de commerce; et sans commerce, tout s'arrête.

Les décrets présidentiels US n'ont toutefois pas force de loi. Toute modification devra suivre un processus législatif qui se compte en années plutôt qu'en mois.
Dans l'intervalle, on assistera dans un premier temps à une euphorie boursière basée sur ces bonnes dispositions. Cette allégresse sera propice, comme chacun le sait, à un futur krach.
Rendez-vous est pris pour dans quelques années : ce ne sera donc pas pour tout de suite, mais ce sera saignant.

Fred Deion

jeudi 2 février 2017

Quelle est la menace ?

J'ai assisté récemment à une présentation donnée par un professionnel suisse du renseignement au sujet de la menace. Comme les risques qui sont identifiés pour la Suisse peuvent s'appliquer à fortiori aux pays voisins, il ne me semble pas inutile de les rappeler ici :

1) En premier lieu, il y a évidemment le djihadisme en provenance du Proche et Moyen-Orient, ainsi que de l'Afrique du Nord et saharienne. Les deux organisations terroristes les plus développées, Al Qaïda et Daesh, ont ciblé la France, la Belgique et l'Allemagne en Europe occidentale ces deux dernières années. Les menaces sont multiples :
  • auto-radicalisation sur internet, conversions en prison...
  • modes opératoires à imiter (attentats clé en mains), même avec très peu de moyens logistiques (armes blanches, camion en location, etc.)
  • risque du retour des voyageurs du Djihad, qui ont effectué là-bas des corvées d'entretien ou autre (WC, cuisine, etc.), reviennent frustrés et motivés à passer à l'acte ici
2) Conséquences des migrations incontrôlées, en raison de la poursuite des conflits au Proche et Moyen-Orient.

3) Cyberattaques, espionnage économique, bancaire, industriel, scientifique, etc.

Rapport de situation


Jusque là, rien de bien nouveau. Je suis donc allé sur le site du service de renseignement de la Confédération (SRC) http://www.vbs.admin.ch/fr/ddps/organisation/unites-administratives/service-renseignement.html et j'y ai trouvé son rapport de situation 2016. Au fil de ses 80 pages, s'y trouvent quelques passages qui sont dignes d'être relevés :
  • tensions sociales à craindre, en raison de la persistance de la crise de la dette en Europe du Sud, de l'instabilité du système bancaire et de la fragilité de la zone euro
  • l'économie mondiale jugée en "perte de vitesse"
  • les dysfonctionnements sur les marchés des matières premières et de l'énergie, qui peuvent menacer nos approvisionnements
A de nombreuses reprises dans de précédents articles sur ce blog, j'avais déjà évoqué ces risques systémiques que font peser le système financier http://actufreddeion.blogspot.ch/2016/10/conference-de-myret-zaki-olivier.html ou cette problématique des ressources http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/01/2016-ce-qui-fait-le-buzz-et-ce-qui.html

S'y ajoutent d'autres dangers à plus long terme, comme le réchauffement climatique et la bombe à retardement démographique (surpopulation et vieillissement)...

Le SRC sortira son rapport de situation 2017 en mai. Développera-t-il ces tendances lourdes, plus dangereuses pour notre avenir commun que le retour de djihadistes, certes aguerris et déterminés ? J'y reviendrai, si la nouvelle mouture de ce rapport mérite un article (?).

Fred Deion

lundi 16 janvier 2017

La finance en 2017, brève tendance vs pronostic

Pour certains, les deux premières économies du globe, les USA et la Chine, sont les deux moteurs de la croissance mondiale.

Voilà qui n'annonce rien de bon... Pourquoi ?

La croissance chinoise ne repose que sur des investissements massifs consentis dans la construction : immobilier, infrastructures de transports, etc.
Cela ne vous rappelle rien ?
Mmm... l'Espagne des années 2000 ? le miracle (mirage ?) ibérique devenu cauchemar dès la crise de 2008, jusqu'à aujourd'hui, et pour (très) longtemps encore.
Mais la recette castillane est remise au goût du jour à la mode cantonaise : pour investir, on s'endette, jusqu'à l'indigestion.
Le modèle a ses limites (les arbres ne poussent pas jusqu'au ciel) et les premiers symptômes d'essoufflement de l'économie chinoise ne vont pas tarder à apparaître.
Un des signes avant-coureur est déjà survenu : les chinois fortunés sortent leur argent de leur pays (ce qui montre la confiance qu'ils ont dans leur économie), pour éviter le risque d'une chute du yuan qui les ruinerait.
En parallèle, les réserves de change baissent alors que la dette chinoise continue de monter.

De son côté, le président élu Trump a annoncé une relance budgétaire (qui augmentera encore le déficit public), pour lui aussi investir dans la construction (dont un certain mur, qui ne sera pas payé par le Mexique, quoiqu'il en dise...) et les infrastructures, de pair avec une politique protectionniste pour protéger l'économie américaine des importations venant de l'étranger.
Mais comme les USA se financent jusqu'ici en bonne partie grâce à l'épargne internationale, est-ce que le reste du monde consentira à continuer à lui prêter, s'il n'est plus possible d'y exporter leurs biens et services ?
L'alternative pour les USA sera donc de financer à nouveau eux-mêmes leur déficit via un quatrième QE (création de monnaie via un assouplissement quantitatif), ce qui revient à faire tourner la planche à billets.
Malgré cela, il n'y aura aucune hausse de l'inflation (à l'instar du modèle japonais, autre exemple de cuisine économique indigeste), et la réserve fédérale US renoncera à remonter ses taux d'intérêts.
Rien de plus logique, au vu de l'endettement abyssal US, présent et futur.
Mais attention, en matière de dettes, les arbres aussi ne montent pas jusqu'au ciel.

Fred Deion

samedi 14 janvier 2017

Interview de Daniela Cerqui "les robots et nous"

Une fois n'est pas coutume, un peu de science-fiction.
Car quand celle-ci interpelle et nous remet à notre juste place dans l'échelle du temps, elle vaut ce petit détour.
Dans l'émission citée en titre, Daniela Cerqui, anthropologue de la technique à l'université de Lausanne, est brièvement intervenue hier sur la RTS en répondant à la question : "Les robots sont-ils notre futur ou notre fin ?"
Voici sa réponse :
"Le schéma évolutionniste nous dit que la nature va du plus simple au plus complexe, et qu'il n'y a pas de raison que nous soyons l'aboutissement. Cela veut dire que ce "nous" du futur, ce ne sera pas "nous". Ce sera soit un être qui ne se qualifiera plus d'"homo", que ce soit sapiens ou autre chose, et qui considérera que l'humain est une espèce comme nous considérons le singe, ou alors se considéreront-ils comme homo sapiens sapiens sapiens, et considéreront notre espèce comme étant une espèce inférieure à l'échelle de l'évolution. C'est vrai que l'humain est une espèce parmi d'autres; beaucoup d'espèces ont disparu. Finalement, pourquoi est-ce que la notre ne disparaitrait pas ? (...) Dans ce cas, nous serions la première espèce à avoir programmé sa propre disparition."
Cette mise au point dérangeante qui remet en question notre prééminence vaut la peine d'être méditée... au même titre que cette lecture supplémentaire mérite le détour : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-grand-entretien/20140713.RUE4934/quand-nous-serons-tous-des-cyborgs-il-sera-trop-tard.html

Fred Deion

Source audio utilisée pour la retranscription de l'interview dans cet article :
http://www.rts.ch/play/radio/le-journal-du-matin/audio/les-robots-et-nous-55-les-robots-sont-ils-notre-futur-ou-notre-fin?id=8287565

lundi 9 janvier 2017

2016, buzz vs ce qui aurait du être médiatisé

(article également publié sur le site http://lesakerfrancophone.fr/

Chaque fin d'année, il est de coutume pour les médias de passer en revue les principaux événements qui ont jalonné les douze derniers mois.
Nous n'avons donc pas échappé à cette tradition, et pour 2016 cela a donné à peu près ceci :
  1. fraudes et malversations en tout genre, des Panama papers à la FIFA, jusqu'aux football leaks. Pour rester sur le thème du sport, mentionnons encore les dérapages du hooliganisme (pendant l'Euro) et du dopage (JO). Cette liste est malheureusement loin d'être exhaustive (scandales de corruption au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs, financements de partis politiques, évasion fiscale, etc.)
  2. élections et votations qualifiées de "populistes" :  Brexit, Trump, référendum italien... pas besoin de chercher bien loin les raisons de cette colère citoyenne : le point 1 ci-dessus devrait fournir un début de réponse (mais pas seulement). Les "élites" ne doivent donc pas s'étonner de leur perte de crédibilité auprès d'électeurs qui n'ont plus confiance dans le système, auprès de contribuables qui attendent que l'Etat qu'ils financent par leurs impôts soient à leur service et agissent dans leur intérêt. On en est loin : on a plutôt d'un côté des citoyens laissés-pour-compte, et d'un autre côté des élites qui font le choix de l'enrichissement personnel (y compris par des moyens illégaux), plutôt que de l'exemplarité (eu égard aux avantages licites dont ils bénéficient déjà). Le verdict des urnes en devient donc d'une haute prévisibilité et la sanction se traduit enfin par des votes de défiance.
  3. guerres en Syrie, Irak, Afghanistan, Lybie (pour ne citer que les conflits les plus médiatisés; des dizaines d'autres n'ont en effet pas l'honneur des titres). Au sujet du Proche et Moyen-Orient, on ne rappellera jamais assez que le vide sécuritaire laissé après les interventions militaires illégales occidentales (sous le faux prétexte de trouver des armes de destructions massives inexistantes) ont fait dans ces pays le lit du chaos et de l'anarchie, du djihadisme et de la barbarie, puis de l'immigration massive et incontrôlée vers l'Europe (qui reçoit plus d'un million d'immigré en 2015), et enfin du terrorisme international (les villes les plus régulièrement touchées étant Bagdad, Kaboul, Istanbul, alors que les attentats qui ont eu le plus d'échos en 2016 sont ceux de Bruxelles, Orlando, Nice et Berlin).
Abordons maintenant les sujets qui ne figurent pas à la une des rétrospectives de l'année, alors qu'ils constituent des tendances lourdes qui ne devraient en aucun cas être ignorés :

1) fragilité du système financier :
  • les politiques monétaires non conventionnelles (assouplissement quantitatif (QE)/rachat de dettes, taux zéros ou négatifs) menées par les banques centrales depuis 2008 sont inefficaces (aucune relance de la consommation ni de la croissance). Leur seul effet a été d'injecter de l'argent  dans les circuits financiers et ainsi de doper les cours boursiers, créant la plus grande bulle financière de l'histoire.
  • à l'inverse, ces taux zéro ou négatifs ont des effets déflationnistes et encouragent l'emprunt.
  • augmentation des transactions sans cash : la suppression du cash permettra effectivement d'imposer des taux négatifs à toute la population, ce qui reviendra à introduire un impôt sur l'épargne. De plus, qu'adviendra-t-il des dépôts en cas de problème informatique ou électrique ? Au vu du manque de confiance cité plus haut, les citoyens accepteront-ils de de céder à leurs gouvernants le pouvoir de contrôler, de manipuler, de confisquer leur épargne ?
  • surendettement croissant et massif de tous les acteurs économiques (Etats, entreprises, ménages). Pour prendre l'exemple américain, la dette US sur les cartes de crédit s'élève à $ 1000 milliards, celle sur les  prêts automobiles à $ 1100 milliards, celle sur sur les prêts étudiants à $ 1200 milliards, l'endettement total des ménages se monte à $ 12'290 milliards, la dette US corporate (entreprises) à $ 6'600 milliards, celle de l'Etat fédéral américain à $ 19'000 milliards... à quand la crise des subprimes, bis ?
  • problématique des banques trop grosses pour faire faillite toujours pas résolu (voir le récent sauvetage public des banques italiennes qui coûtera 20 milliards d'euros au contribuable cisalpin).
  • développement de la finance de l'ombre (shadow banking), qui n'est solvable que si les taux d'intérêts restent à zéro. S'ils remontent, krach garanti, et faillites d'entreprises en cascade assurées.
  • bulles boursières, spéculatives, de crédit (dette pourrie d'entreprises peu solvables, avec risque élevé de défaut). Si la bulle éclate, krach avec menace de contagion à tout le système financier (les craintes de faillites poussent les banques à ne plus se prêter de l'argent entre elles, donc tout le système de crédit se bloque; or, l'économie réelle a aussi besoin d'avoir accès au crédit pour commercer, acheter, vivre; donc sans crédit, plus de commerce, et sans commerce, tout s'arrête).
2) évolutions démographiques (contradictoires en apparence) : surpopulation mondiale (qui pèse sur les ressources) et vieillissement des populations dans les pays développés (qui pèse sur les pensions). Mais certains continuent toujours à espérer une baisse de l'âge de le retraite... 

3) corollaire du point précédent, raréfaction des ressources, couplée à la fragilité de nos systèmes d'approvisionnement qui nous fournissent en eau, alimentation, énergie, soins. D'où l'importance de produire et consommer local, décentraliser nos infrastructures pour qu'elles soient résistantes, durables et résilientes.

Alors, à quand la fin du buzz médiatique qui fait sensation, et la prise de mesures concrètes pour faire face aux vrais enjeux de notre temps ?

Fred Deion